LES ÉCRIVAINS D’EXPRESSION PORTUGAISE
 
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TORGA, Miguel

[PORTUGAL] (São Martinho de Anta, Vila Real, 1907 – Coimbra, 1995).
Pseudonyme d’Adolfo Correia Rocha. Issu d'une famille pauvre de la région montagneuse du nord-est du Portugal, il commence des études au petit séminaire, puis les interrompt à treize ans pour émigrer, seul, au Brésil, où il mène la vie de travailleur agricole tout en allant au lycée. De retour au Portugal à dix-huit ans, il achève sa scolarité, puis fait ses études de médecine à Coimbra. En 1933, il commence une carrière de médecin dans sa ville adoptive, qu'il n'a plus guère quittée. Collaborateur de la revue Presença jusqu'en 1930. Depuis 1928, d'abord sous son nom, puis à partir de 1934 sous le pseudonyme de Miguel Torga, il a fait, parallèlement, une carrière littéraire, édifiant une œuvre qui a d'abord cette particularité d'avoir été d'un bout à l'autre éditée à compte d'auteur.

« Considéré comme la plus haute figure morale du Portugal, cet écrivain mort en 1995 situe l'origine de son écriture dans la part de lui-même qui le relie à tous les hommes : ses livres sont autobiographiques, certes, mais pour célébrer la dignité de la personne, l'exigence d'une conscience sans cesse en éveil, l'attention portée aux plus humbles, la magnificence et l'âpreté de la nature dans son pays, cette “bande de terre ourlée de mer”, dominée par des montagnes et centrée autour d'un fleuve, le Douro. Torga a beaucoup voyagé, il a étendu ses célébrations lyriques à l'Ibérie (Poèmes ibériques, 1965) mais il est profondément ancré dans le lieu de sa naissance en 1907, fils d'un paysan de la province de Tras-os-Montes, terre “d'impétuosité et de convulsion” (Portugal, 1950). La patrie qui lui a “fort éprouvé le corps et meurtri l'âme” accompagne toute son œuvre, ses quinze recueils poétiques et les sept cents poèmes inclus dans son journal de seize volumes dont certaines pages sont traduites en français sous les titres En franchise intérieure et En chair vive. Sa fresque romanesque, La Création du monde (1937-1981) suit l'itinéraire à la première personne “d'un homme d'espoir désespéré” marqué par des rencontres, un séjour laborieux de cinq ans pendant sa jeunesse au Brésil, des voyages jusqu'en Angola et au Mozambique. Une introspection pudique mais profonde et particulièrement soucieuse d'authenticité, de vérité, accompagne le cheminement de ce personnage qui est, comme l'auteur, poète mais aussi médecin. Sous son vrai nom, Miguel Torga a exercé à partir de 1939 sa spécialité d'oto-rhino-laryngologiste à Coimbra. Très fortement impliqué dans la lutte contre la dictature de Salazar, il a connu la prison, ses livres ont été saisis, ses pièces de théâtre interdites. Très sollicité par les politiques après la révolution des Œillets, il a toujours gardé ses distances : ses discours et conférences mettent obstinément en garde “contre la myopie pragmatique d'une époque sans âme et sans imagination” (Discours de Coimbra). Publiant à compte d'auteur pour préserver sa liberté, il est considéré comme un maître dans l'art du conte, de la nouvelle, des récits courts mettant en scène des hommes et des femmes d'origine simple, d'une grande humanité, poursuivis par cet impondérable qui pèse sur toute décision et transforme une vie en destin, comme celle de Maria Lionça, jeune fille de Galufura dont la beauté et la joie de vivre éclairaient le village pendant sa jeunesse, et qui passa en fait son existence de femme et de mère à attendre dans une dignité à la limite de l'absurde son mari et son fils : ils ne revinrent au village que pour y mourir (Contes et nouveaux contes de la montagne, 1941-1944).

L'œuvre de Torga rencontre en France un grand succès critique et des lecteurs passionnés grâce à sa traductrice, Claire Cayron [1935-2002], dont la chaleur humaine et l'exigence est à la mesure de l'œuvre à laquelle elle a consacré une part importante de sa vie. » (Aliette Armel, Magazine littéraire, mars 2000).

ANTHOLOGIES / REVUES : Poèmes et textes dans Synthèses n°145-46, 1958 ; Esprit n°7-8, 1967 ; Anthologie de la poésie portugaise, Gallimard, 1971 ; Cahiers du groupe n°16, 1982 ; Europe n°660, 1984 ; Nouvelles portugaises contemporaines, LGF, 1989 ; Journal des poètes, n°7, 1991 ; Le Serpent à plumes, « Poches » n°3, 1993 ; Des nouvelles du Portugal, Métailié, 2000 ; Anthologie de la poésie portugaise contemporaine, Gallimard, 2003.

La Création du monde. Les six jours (Criação do Mundo. Os Dois Primeiros Dias, 1937 ; O Terceiro Dia da Criação do Mundo, 1938 ; O Quarto Dia da Criação do Mundo, 1939 ; O Quinto Dia da Criação do Mundo, 1974 ; O Sexto Dia da Criação do Mundo, 1981) roman, traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions Aubier-Montaigne, 1985, 580 pages, épuisé – réédition : [Paris], Éditions Flammarion, « GF » n°1042, 1999, 608 pages, 11.10 €

Arche (Bichos, 1940), bilingue, traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Presses Universitaires de France / Fondation Calouste Gulbenkian, « Poètes et prosateurs du Portugal », 1980, 192 pages, épuisé – rééditions : [Paris], Éditions L'Equinoxe, 1984, 180 pages, épuisé ; illustrations de A. Costa-Rosa. [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 2000, 144 pages, 16 €

Rua (Rua, 1942), nouvelles, traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions Le Tout sur le Tout, 1988, 144 pages, épuisé – réédition : [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1997, 192 pages, 18.29 €

Senhor Ventura (O Senhor Ventura, 1943), roman, traduit du portugais par Claire Cayron et Louis Soler. [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1992, 192 pages, 13.72 €

Contes et nouveaux contes de la montagne (Contos da Montanha, 1941 ; Novos Contos da Montanha, 1944), traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1995, 348 pages, 21.34 € – réédition : Éditions José Corti, « Les Massicotés » n°5, 2004, 384 pages, 12 €

Vendange (Vindima, 1945), roman, traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1999, 400 pages, 21.34 €

Portugal (Portugal, 1950), traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions Arléa, 1988, 180 pages, épuisé – réédition : [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1996, 144 pages, 15.24 €

Poèmes. Choix, traduit du portugais par Andrée Crabbée Rocha. [Bruxelles], Éditions La Maison du Poète, 1951, épuisé.

Lapidaires (Pedras Lavradas, 1951), nouvelles, traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions L'Équinoxe, 1982, 144 pages, épuisé – réédition : [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1990, 144 pages, 14.48 €

De la peine de mort. Texte du discours inaugural prononcé le 12 septembre 1962 à l’Université de Coimbra pour le centenaire de l’abolition de la peine de mort au Portugal, traduit du portugais par Claire Cayron, illustrations de Jorge Luis Nadur. [Pin-Balma, Haute-Garonne], Éditions Sables, 1999, 32 pages, 8 €

Poèmes ibériques (Poemas Ibéricos, 1965), édition bilingue, traduit du portugais par Claire Cayron et Louis Soler, préface de Louis Soler. [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1990 ; 1999, 136 pages, 12.96 €

L'Universel c'est le local moins les murs (extrait de Traço de União [Trait d'union], 1955), traduit du portugais par Claire Cayron. [Bordeaux], Éditions William Blake and Co / Barnabooth, « D’une langue, l’autre », 1987, 1994, 8.84 €

En franchise intérieure. Pages du Journal 1933-1977 (extraits de Diário, 16 volumes, 1941-1993), traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions Aubier-Montaigne, 1982, 440 pages, épuisé.

Trás-os-Montes (extraits de divers textes, 1938-1984), photos de Georges Dussaud, traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions L'Equinoxe, 1984, n.p., épuisé.

À la proue d'un navire de roc. 120 poèmes (extraits du Diário, vol. I-XII), traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions Le Tout sur le Tout, 1986, 96 pages, épuisé.

Les Portugais, traduit du portugais par Claire Cayron, introduction de Pedro Calheiros, photographies de Georges Dussaud, Edouard Boubat, Guy Le Querrec, et al. [Laval], Éditions Berthramm, « L’Europe, un visage », 1989, 240 pages, épuisé.

Douro, de ceps et de rocs. Les Vendanges, photographies de Georges Dussaud, édition bilingue, traduit du portugais par Claire Cayron. [Saint-Nazaire], Éditions Arcane 17, 1992, 68 pages, épuisé.
 
En chair vive. Pages du Journal 1977-1993 (extraits de Diário, 16 volumes, 1941-1993), traduit du portugais par Claire Cayron. [Paris], Éditions José Corti, « Ibériques », 1997, 408 pages, 22.87 €

Requiem pour moi. Choix de poèmes, édition bilingue, traduit du portugais et présenté par Louis Soler. [Bergerac, Dordogne], Librairie La Brèche, 2000, 44 pages, illus., 9.45 €

BIBLIOGRAPHIE

* Claire Cayron, Sésame pour la traduction. Une nouvelle de Miguel Torga (Sésamo, dans Novos Contos da Montanha), préface de Laure Bataillon. [Bordeaux], Éditions Le Mascaret, 1987, 180 pages, 9.91 €

* Daniel Aranjo, Miguel Torga. Orphée rebelle. [Monaco], Éditions Le Rocher, « Les infréquentables », 1989, 160 pages, 13.57 €

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