POLICIERS
Rivages - 2010
EAN13 : 9782743621254
DISPONIBLE
Traducteur(s) :Jean-Paul Gratias
22.00 € TTC
A lire deux avis élogieux pour ce roman noir envoûtant et inclassable dont les sources d'inspiration avouées de l'auteur sont nombreuses et variées (la poésie de T. S. Eliot et de Paul Celan, le "Rashomon" de Kurosawa ou encore le théatre No).
Premier avis :
Le 26 Janvier 1948, un homme entre dans l’agence Shiinamachi de la Banque Impériale de Tokyo et se présente comme un membre des services sanitaires de la police. Il réunit les seize employés de la succursale et prétextant un cas de dysenterie dans le quartier, leur fait avaler un remède qui s’avèrera être du poison. Le prétendu traitement est administré en deux doses, sur ordre des forces d’occupation. Très vite, les employés commencent à se tordre de douleur et au final, douze d’entre eux succomberont. L’homme, quant à lui, s’évanouit dans la nature en emportant une substantielle somme d’argent et signe là "un des crimes les plus hardis de l’histoire".
Difficile de résumer en quelques lignes le contenu d’un tel roman. Fidèle à ses habitudes, David Peace s’inspire d’un fait divers meurtrier pour le revisiter à sa manière et nous livrer une impressionnante variation funèbre. De cette sombre affaire, il parvient à tirer une œuvre hantée par le spectre de la défaite et le poids de la culpabilité, sur fond de programme d’armement bactériologique mené par l’Unité 731 durant la Seconde Guerre mondiale.
Structuré autour de douze chandelles qui sont autant de chapitres convoquant les voix de douze personnages liés au drame, ce récit hors norme déborde du cadre du simple polar et son écriture n’est pas, par moments, sans rappeler la prose poétique d’un Antonin Artaud (d’ailleurs cité en exergue du roman) ou de Lautréamont. Une chose est sure, que ce soit dans le Yorkshire ou à Tokyo, les mêmes démons semblent habiter David Peace…
Deuxième avis :
Tokyo, le 26 janvier 1948, un homme se présentant comme un médecin travaillant avec les forces armées américaines entre dans une succursale de la Banque Impériale et annonce qu'une épidémie de dysentrie s'est déclarée dans le quartier. Il doit vacciner tout le personnel de la banque. Il leur fait boire deux médicaments. Sur les seize employés, douze meurent empoisonnés, et l'homme s'enfuit en volant une importante somme d'argent. Huit mois plus tard, un peintre est arrêté, jugé et condamné à mort.
A partir de ce fait divers réel, David Peace invoque douze voix, douze narrateurs différents plus ou moins liés à cette affaire : une victime survivante, un militaire américain, deux policiers, un suspect, un gangster, un journaliste, un militaire russe, le tueur lui-même, etc, pour nous faire revivre l'enquête qui a suivi dans un roman incroyablement documenté. En utilisant le même procédé que Akutagawa Ryunosuke dans la nouvelle "Dans le fourré", c'est au lecteur de se faire sa propre idée sur ce qui s'est réellement passé, de décider si les théories selon lesquelles le meurtrier était lié à une unité de l'armée Japonaise spécialisée dans les attaques biologiques, l'unité 731 ayant oeuvré en Mandchourie, sont vraisemblables. Comme le dit un personnage du livre : "Vous voulez savoir ce qui s'est passé, oui? Non? Vous voulez connaître la vérité? Que voulez-vous savoir, ce qui s'est passé ou la vérité?".
La grande force du roman est aussi l'écriture elle-même, David Peace a ce style reconnaissable entre tous, cette prose incantatoire, répétitive. Dans "Tokyo,année zéro", l'écriture retranscrivait parfaitement l'état du personnage principal, l'inspecteur Minami, hanté par son enquête, dans ce deuxième tome de la trilogie autour de la capitale Japonaise, elle est toujours aussi puissante au service de ce quasi exorcisme consacré à un épisode sombre de l'histoire de Tokyo après-guerre.