Paradoxe - ECRITS/ART-ESTHETIQU
Minuit - 2004
EAN13 : 9782707318589
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22.80 € TTC
En 2001, à l'occasion d'une exposition intitulée « Mémoire des camps », Georges Didi-Huberman écrivait dans le catalogue un texte consacré à quatre photographies prises en secret par des membres des Sonderkommandos d'Auschwitz-Birkenau.
Ces photographies, « arrachées à l'enfer », apportaient un démenti cinglant aux efforts de la propagande nazie pour dissimuler le génocide qu'ils avaient entrepris, d'autant plus inconcevable pour le monde que ses témoins étaient systématiquement anéantis : un événement invisible et indicible. Ces clichés sont donc des images « malgré tout », malgré les conditions d'impossibilité dans lesquelles ils ont été pris.
Ce texte initial donna lieu à une polémique sur la nature et la valeur de ces photos, et plus généralement des images liées à la Shoah, réputée irreprésentable : pour certains, il serait trop voyeuriste de les donner à voir car elles ne font qu'exacerber une tendance à la surinterprétation des images. Pour d'autres, elles sont tout simplement sans valeur, voire mensongères : il n'y a pas d'image possible. Didi-Huberman répond à ces critiques en recentrant le débat sur le rôle de l'image et de l'imagination au coeur de la démarche philosophique et historique : chaque pièce d'archive doit être prise en compte, dans sa juste proportion. Le montage que l'on fait ensuite de ces éléments constitue un discours, propre à chaque auteur.
On sait que le propre des images est de montrer ce qu'on ne peut voir. En cela, les images d'Auschwitz participent du montage historique au même titre que les écrits ou les paroles qui nous sont parvenus. De la même manière que, comme l'écrit Hannah Arendt, la Shoah a amené à repenser le droit et l'anthropologie, elle nous a également conduit à entièrement reconsidérer notre rapport aux images.