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SARAMAGO, José

[PORTUGAL] (Azinhaga, Golegã, 1922).
Issu d'une famille modeste il doit abandonner ses études secondaires et entrer dans une école professionnelle. C'est dans cette école, dont il sortira avec un diplôme de serrurier, que son intérêt pour la langue française et la littérature se révélera. Il exerce son métier dans les hôpitaux de la capitale avant d'accéder progressivement à des postes administratifs dans diverses entreprises. Après un premier roman Terra do pecado [Terre du péché] en 1947, il reste plus de vingt ans sans rien publier, avant de renouer avec l?écriture par des chroniques, des articles et des poèmes dans divers journaux portugais. Directeur du Diario de Noticias (1975). Son second roman, O ano de 1993 [L'Année 1993], paraît en 1975, mais c'est Le Dieu manchot (1982) qui le rend célèbre du jour au lendemain. Dès lors, il est allé de succès en succès et ses livres ont été traduits dans une vingtaine de langues. Il a reçu en 1995 le prix Camões et le prix Nobel de littérature en 1998.

« Singulière, l??uvre de José Saramago est d?abord une ?uvre engagée. On retrouve dans ses livres les idées qui guidèrent sa vie. En 1959, il adhère au Parti communiste dont il reste quarante ans plus tard l?un des ardents défenseurs. ?Le communisme n'est pas mort, martèle Saramago, il est à réinventer.? Ce qui étouffe les grandes utopies, c'est précisément cette carence d'imagination dont font preuve les hommes d'aujourd'hui, aveuglés par leur conviction d'être les héritiers d'une civilisation supérieure et fondée sur la vérité. Livre après livre, José Saramago décapite les dogmes, mêlant l'Histoire et l'imaginaire, la vérité et la fiction, au point de faire douter le lecteur de la réalité du monde. Lors de sa parution au Portugal, en 1992, L'Évangile selon Jésus-Christ fait scandale. L'Église demande son interdiction ; à l'époque, il faut brûler Saramago ! Ce dernier décide alors de quitter le Portugal : il s'exile aux Canaries, territoire espagnol, sur l'île de Lanzarote. Saramago, c'est une imagination débordante mise au service de la sagesse. Ses livres, sont de véritables paraboles à l'usage d'une humanité orpheline de sens, égarée dans les impasses de l'histoire. Ses personnages, il le reconnaît volontiers, cherchent à exprimer une thèse, à défendre une idée, à affirmer une position. Pour Saramago, la littérature n'est pas tout à fait vaine si elle permet d'éveiller les consciences. » (François Busnel, Magazine littéraire, mars 2000).

« L'?uvre de José Saramago a un seul et unique héros  : le Portugal. De son propre aveu ?c'est une préoccupation presque obsessionnelle?. L'histoire de son pays lui permet de faire du ?passé déclaré mort, un passé vivant?, de modifier les rapports de l'homme au temps, d'unifier passé, présent, futur. L'histoire est aussi un moyen de connaissance. Si elle a laissé des lacunes que la rigueur scientifique ne peut combler, l'écrivain est là pour remplacer ?ce qui fut par ce qui aurait pu être? et introduire ainsi la fiction dans l'histoire. Son roman Le Dieu manchot, par exemple, joue constamment sur la réalité historique et la fiction. Des deux, quelle est la plus vraie ? Pour illustrer cette question, Saramago opte pour un style hautement baroque : les détours, les métaphores, les anachronismes mettent en relief les jeux de miroir on vérité et mensonge s'échangent et se réfléchissent. Dans L?Année de la mort de Ricardo Reis, publié en 1984, l'auteur s'éloigne des sujets historiques mais n'en recourt pas pour autant à la pure invention : il choisit en effet pour héros l'un des hétéronymes du poète Fernando Pessoa : une manière d'exercer, à nouveau, son penchant ludique. de faire se rencontrer l'illusion et la réalité. Si la lecture des historiens français, Georges Duby, Fernand Brandel, Jacques Le Goff, l'ont aidé dans la compréhension de leur discipline, Saramago se défend d'écrire des romans historiques. Le fantastique ou la parabole sont, pour l'écrivain, autant de manières d'évoquer le Portugal d'aujourd'hui et surtout de donner son opinion sur l'époque contemporaine. Ainsi dans son roman Le Radeau de pierre (1986) la presqu'île ibérique se détache-t-elle du continent pour devenir une île entre Afrique et Amérique du Sud. Plusieurs interprétations de cette ?uvre sont possibles : c'est peut-être un conte évoquant le retour des Portugais et des Espagnols à leur vocation de navigateurs. de découvreurs ; mais la parabole anti-européenne est également claire. Proche du parti communiste portugais, José Saramago ne cache pas ses réticences à l'égard de l'intégration européenne. Maintenir, un peu honteusement, ce parent pauvre qu'est son pays à l'écart du continent ou l'y engloutir : ce ne sont jamais que deux façons de méconnaître la vocation et l'apport du génie portugais. » (Françoise Beaucamp, Le Nouveau dictionnaire des auteurs, Laffont-Bompiani, « Bouquins », 1994).

ANTHOLOGIES / REVUES : « Essai sur la cécité » (extrait du roman L'Aveuglement, 1995), traduit par Geneviève Leibrich, dans la Nouvelle revue française n°522-23, 1996 ? « Embargo » (extrait de Quasi objets, 1978), traduit par Claude Fages, dans Des nouvelles du Portugal, Éditions Métailié, 2000 ? « Debout, les damnés de la terre » (extrait de Levantado do Chão, 1980), traduit par Michelle Giudicelli, dans Siècle 21 n°6, 2005.

? Les Poèmes possibles (Os Poemas Possíveis, 1966), poésie, édition bilingue, traduit du portugais par Nicole Siganos. [Remoulins-sur-Gardon, Gard], Éditions Jacques Brémond, 1998, 186 pages, 22.87 ?

? Manuel de peinture et de calligraphie (Manual de Caligrafia e Pintura, 1977), roman, traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions Le Seuil, 2000, 252 pages, 19.81 ? ? réédition : Éditions Le Seuil, « Points » n°968, 2002, 268 pages, 6.95 ?

? Quasi objets (Objecto Quase, 1978), nouvelles, traduit du portugais par Claude Fages. [Paris], Éditions Salvy, 1990, 182 pages, épuisé ? réédition : [Paris], Éditions Le Seuil, « Points » n°802, 2000, 182 pages, 5.95 ?

? Le Dieu manchot (Memorial do Covento, 1982), roman, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, préface de Jacques Fressard. [Paris], Éditions A.-M. Métailié / Albin Michel, « Les Grandes traductions », 1987, 398 pages ; 1998, 21.50 ? ? réédition : [Paris], Éditions Le Seuil, « Points » n°174, 1996, 420 pages, 7.95 ?

? L'Année de la mort de Ricardo Reis (O Ano da Morte de Ricardo Reis, 1984), roman, traduit du portugais par Claude Fages. [Paris], Éditions du Seuil, 1988, 378 pages, 24.09 ? ? réédition : Éditions Le Seuil, « Points » n°574, 1998, 416 pages, 7.80 ?

? Le Radeau de pierre (A Jangada de Pedra, 1986), roman, traduit du portugais par Claude Fages. [Paris], Éditions du Seuil, 1990, 280 pages, 24.39 ?

? Histoire du siège de Lisbonne (História do Cerco de Lisboa, 1989), roman, traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions du Seuil, 1992, 320 pages, 21.95 ? ? réédition : Éditions Le Seuil, « Points » n°619, 1999, 344 pages, 6.95 ?

? L'Évangile selon Jésus-Christ (O Evangelho Segundo Jesus Cristo, 1991), traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions Le Seuil, 1993, 380 pages, 23 ? ? réédition : Éditions Le Seuil, « Points » n°723, 2000, 472 pages, 7.50 ?

? Pérégrinations portugaises (Viagem a Portugal, 1992), traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions Le Seuil, 2003, 438 pages, 22.50 ?

? L'Aveuglement (Ensaio sobre a Cegueira, 1995), traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions Le Seuil, 1997, 320 pages, 21.04 ? ? réédition : Éditions Le Seuil, « Points » n°722, 2000, 352 pages, 6.95 ?

? Tous les noms (Todos os Nomes, 1997), roman, traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions Le Seuil, 1999, 270 pages, 19.81 ? ? réédition : Éditions Le Seuil, « Points » n°826, 2001, 376 pages, 6.95 ?

? Le Conte de l?île inconnue (O Conto da Ilha Desconhecida, 1997), traduit du portugais par Geneviève Leibrich, illustrations de Olivier Besson. [Paris], Éditions Le Seuil, 2001, 60 pages, 9 ?

? Comment le personnage fut le maître et l'auteur son apprenti. Discours de réception au Prix Nobel de littérature (Discursos de Estocolmo, 1998), traduit du portugais par Michelle Guidicelli. [Paris], Éditions Mille et une nuits, « La petite collection » n°257, 1999, 48 pages, illus., 1.55 ?

? La Caverne (A Caverna, 2000), roman, traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions Le Seuil, 2002, 346 pages, 21 ? ? réédition : Éditions Le Seuil, « Points » n°1117, 2003, 370 pages, 7.50 ?

? L?Autre comme moi (O Homen duplicato, 2002), roman, traduit du portugais par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions Le Seuil, 2005, 282 pages, 21 ?

FILMOGRAPHIE

Saramago (Portugal, 1996, tv), réal. João Mário Grilo.

La Balsa de Piedra (Espagne/Portugal/Pays-Bas, 2002), réal. George Sluizer, scén. Yvette Biro, d?après le roman de José Saramago Le Radeau de pierre (1986), avec Federico Luppi, Icíar Bollain, Gabino Diego, Ana Padrão, Diogo Infante.

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