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LISPECTOR, Clarice

[BRÉSIL] (Tchetchelnik, Ukraine, 1920 – Rio de Janeiro, 1977). « Écrire est un acte compulsif », disait Clarice Lispector. Et lorsqu’on lui demandait pourquoi elle écrivait, elle répondait tout à la fois : « Par une fatalité et parce que je n’ai rien à faire au monde ; je suis en trop et il n’y a pas de place pour moi sur cette terre des hommes ; j’écris parce que je suis désespérée et que je suis fatiguée et ne supporte plus la routine que je suis pour moi-même. S’il n’y avait pas cette nouveauté toujours neuve qu’est l’écriture, je me mourrais symboliquement chaque jour. » (LHeure de létoile).

Clarice Lispector est née à l’écriture. Par-delà toute visée utilitaire, hors de tout souci esthétique et n’obéissant qu’à son intuition, elle va bâtir une œuvre qui échappe à toute classification comme a toute influence, qui n’a rien à envier à celle de Virginia Woolf ou de Katherine Mansfield à qui on la compare parfois et qui reste l’une des plus importante et surtout la plus authentique de la littérature brésilienne contemporaine. D’origine juive, née en Ukraine, elle arrive très jeune au Brésil. À Récife où elle vit, elle s’éprend alors de la langue portugaise qui restera jusqu’à sa mort sa grande passion. Elle s’initie très tôt à la littérature en écrivant encore enfant de nombreux contes. Elle publie sa première nouvelle en 1940 et son premier roman en 1943, Près du cœur sauvage (Perto do coração selvagem), qui reste encore aujourd’hui le livre d’une révélation dans lequel H. Bianciotti voit ce qui va devenir « l’essentiel de la littérature de Clarice Lispector : le mysticisme ». On retrouve en effet dans la plupart de ses livres : Le Batisseur de ruines (A maça no escuro, 1961), La Passion selon G. H (A paixão segundo G. H., 1964), Où étais-tu pendant la nuit ? (Onde estivestes de noite ?, 1974), la question de Dieu sans qu’y intervienne la moindre religiosité : « Je sais que Dieu est le monde. C’est ce qui existe... Ce n’est pas dangereux de s’approcher de ce qui existe. » C’est au travers de l’écriture qu’elle va tenter pendant ces années de travail cette approche qui l’amènera à L’Heure de l’étoile (A hora da estrela, 1977), livre-limite où l’auteur dissout les frontières entre la vie et la littérature, tant, une fois encore, elle s’est projetée au-delà de son art incomparable. Entièrement traduite en français.

 

ANTHOLOGIES / REVUES (Traductions françaises)

* « Pensée dans le train », chapitre II du roman La Ville assiégée (A cidate sitiada, 1949), traduit du portugais (Brésil) par Beata Vettori, dans Romans n°8, Paris, juillet 1952.

* « La très petite femme de la terre » (« A menor mulher do mundo »), nouvelle extraite du recueil Liens de famille (Laços de família, 1960), traduite du portugais (Brésil) par Regina Helena de Oliveira Machado, dans Femmes en mouvement n°7-8, Paris, 21 décembre 1979.

* « Amour » (« Amor »), nouvelle extraite du recueil Liens de famille (Laços de família, 1960), traduite du portugais (Brésil) par Catherine Orfila, dans Fleur, teléphone et jeune fille, L’Alphée, 1980. ** « Amour », nouvelle traduction par Michelle Bourjea, suivi de « Instants. Notes sur l’œuvre de Clarice Lispector », par Olga De Sà, dans Europe n°640-641, 1982. *** « Amour », nouvelle traduction par Jacques et Teresa Thiériot, dans Des nouvelles du Brésil, A-M. Métailié, 1998.

* « La cinquième histoire » (« A quinta história »), nouvelle extraite du recueil Corps séparés (A legiaó estrangeira, 1964), traduite du portugais (Brésil) par Claire Varin, dans Dérives n°37-38-39, 1983.

* « L’homme qui fit son apparition », nouvelle extraite du recueil Passion des corps (A Via-Crúcis do corpo, 1974), traduite du portugais (Brésil) par Claude Farny et relue par Sylvie Durastanti, dans le Nouveau Commerce n°59-60, automne 1984.

 

LIVRES (Traductions françaises)

Près du cœur sauvage (Perto do coração selvagem, 1943), roman, traduit du portugais (Brésil) par Denise-Tereza Moutonnier ; préambule de Paulo Mendes Campos. [Paris], Éditions Plon, 1954, 256 pages, épuisé.

* Nouvelle traduction :

ISBN [FICHE LIVRE]Près du cœur sauvage, traduit du portugais (Brésil) par Regina Helena de Oliveira Machado. [Paris], Éditions des Femmes, 1981 ; 1998, 298 pages. 

« Un jour viendra en moi la capacité aussi rouge et affirmative que claire et suave, un jour ce que je ferai sera aveuglément sûrement inconsciemment, marchant en moi, dans ma vérité, si intégralement lancée dans ce que je ferai que je serai incapable de parler, surtout un jour viendra où tout mon mouvement sera création, naissance, je briserai tous les noms qui existent à l’intérieur de moi, je prouverai à moi-même qu’il n’y a rien à craindre, que tout ce que je serai sera toujours où il y aura une femme avec mon principe… »

L’auteur travaille « dans l’imprécision blanche de l’Intervalle », entre la vie et la vie. Ce premier roman est l’aventure de Joana, fille d’une mère « pleine de pouvoirs et de maléfices », indépendante, obstinée, le diable en personne, tôt disparue, et d’un père lointain et distrait. Joana, c’est la légèreté contre la pesanteur, l’amour — cette force en elle qui démasque les faux-semblants —, la liberté « même si elle est peu de chose au regard de ce qu’elle désire et qui n’a pas encore de nom »... Renoncement – passion – révélation – illumination – transformation. Ces mots d’un emploi si difficile, qui pourraient paraître présomptueux ou maladroits, Clarice Lispector en use avec une assurance et une humilité confondantes. Le miracle est qu’ils nous apparaissent comme les seuls aptes à rendre compte de la quête qu’elle a poursuivie de livre en livre, celle d’une vérité qui jaillit de la réconciliation de l’intelligence et du corps — dont son écriture sensuelle et curieusement abstraite est la plus parfaite illustration. (Présentation de léditeur)

 

ISBN [FICHE LIVRE]Le Lustre (O lustre, 1946), roman, traduit du portugais (Brésil) par Jacques et Teresa Thiériot. [Paris], Éditions des Femmes, 1990, 370 pages.

Paru au Brésil en 1946, Le Lustre est le deuxième ouvrage publié par Clarice Lispector. Roman d’initiation, il décrit le parcours douloureux et bref d’une adolescente, Virginia, élevée à la campagne dans le silence d’une famille et d’une demeure décadentes et qui va faire son éducation sentimentale à la ville. C’est l’initiation au mystère des choses, à la difficulté d’être. C’est la découverte du monde dans ses plus intimes et fugaces manifestations, par la sensation et surtout le regard. C’est aussi l’initiation à la parole : à comment dire le monde, les êtres, les choses, comment leur parler. Pour ce tout jeune auteur, c’est l’apprentissage de son écriture propre. Le Lustre est un livre fondamental dans l’œuvre de Clarice Lispector. Elle nous y donne presque à l’état brut les prémices de sa vision du monde, gangues et pépites, les péripéties du parcours de l’héroïne préfigurant l’itinéraire de la romancière. Dans ce livre matrice où l’écriture fixe la mouvance des choses tout en étant entraînée par elle, s’ébauchent des personnages, des scènes, des situations qui prendront des traits plus accusés dans les livres ultérieurs. (Présentation de léditeur)

 

ISBN [FICHE LIVRE]La Ville assiégée (A cidade sitiada, 1949), roman, traduit du portugais (Brésil) par Jacques et Teresa Thiériot. [Paris], Éditions des Femmes, 1991, 282 pages.

« La jeune fille et le cheval représentaient les deux races de constructeurs qui instaurèrent la tradition de la future métropole ; l’une et l’autre auraient pu servir d’armes pour son blason. L’infime fonction de la jeune fille à son époque était une fonction archaïque qui renaît chaque fois que se forme une bourgade... Tout ce qu’elle voyait était quelque chose. Pour elle et pour un cheval l’impression était l’expression. En vérité une fonction plutôt fruste : elle donnait le nom intime des choses... Et plus tard on regarderait les choses par ce nom. La réalité avait besoin de la jeune fille pour avoir une forme. » (Clarice Lispector)

Paru au Brésil en 1949, La Ville assiégée est le troisième ouvrage publiée par Clarice Lispector. L’histoire se passe dans les années 20. Une jeune fille, Lucrécia Neves, assiste au développement industriel du faubourg où elle habite et qui est encore plein de chevaux et de charrettes. Apprentissage de la ville et de soi, dans la recherche d’un équilibre qui ne se trouvera d’abord que par la domination des objets. Là où échouait l’héroïne du précédent roman de Clarice Lispector faute de maturité et de méthode, Lucrècia, du regard, affronte la réalité, assiège la ville avec la complicité des chevaux. Elle en épouse la forme pour réduire à merci les hommes dont le pouvoir n’est que professionnel. Devenue veuve, elle n’accepte de se remarier qu’avec celui qui d’abord aura aimé son image. Sans les objets, ville ou bibelot, qui captent nos regards, nous n’existerions pas car la pensée est fallacieuse, et vaine toute psychologie. La Ville assiégée est un roman surprenant et maîtrisé, où l’apparente chronologie est constamment brisée dans la confrontation du passé, du présent et de l’avenir et où les tableaux d’époque sont transcendés par des visions mythologiques. Fable réaliste où la parole à la fois lente, obstinée et frémissante, permet de trouver l’épiphanie, l’instant de la litote, et de résoudre l’ambivalence où se débat tout être vivant, humain ou animal. (Présentation de léditeur)

 

ISBN [FICHE LIVRE]Liens de famille (Laços de família, 1960), contes et nouvelles traduites du portugais (Brésil) par Jacques et Teresa Thiériot. [Paris], Éditions des Femmes, 1989, 224 pages.

[Contient : « Rêvasserie et ivresse d’une jeune portugaise » (« Devaneio e embriaguez duma rapariga ») ; « Amour » (« Amor ») ; « Une poule » (« Uma galinha ») ; « L’imitation de la rose » (« A imitacão da rosa ») ; « Joyeux anniversaire » (« Feliz aniversário ») ; « La plus petite femme du monde » (« A menor mulher do mundo ») ; « Le dîner » (« O jantar ») ; « Préciosité » (« Preciosidade ») ; « Les liens de famille » (« Os lacos de família ») ; « Les débuts d’une fortune » (« Comecos de uma fortuna ») ; « Mystère a São Cristovão » (« Mistério em São Cristóvão ») ; « Le crime du professeur de mathématiques » (« O crime do professor de matemática ») ; « Le buffle » (« O búfalo »)].

Voici une galerie de personnages saisis, tous oscillant sur un fil précaire qui surplombe l’abîme. Une jeune portugaise se languit dans la chaleur de Rio, une femme est soudain bouleversée par un aveugle entr’aperçu, une autre se perd en contemplant l’insoutenable beauté de petites roses sauvages, une adolescente seule marche, terrorisée, dans les rues désertes du petit matin, une autre regarde par la fenêtre, tard dans la nuit, un jeune écolier a besoin d’argent. Et, parallèlement, miroirs et reflets des humains, des animaux auxquels l’homme prête une âme et qui sont des êtres : une poule, un chien, un buffle. Entre l’animalité et l’humanité, une femme pygmée — la plus petite chose du monde —, dont la photo éveille des fantasmes cruels dans les foyers, jusque chez les membres de la famille, qui ont résisté à tant de déceptions, de catastrophes, de deuils et de rancœurs, comme l’aïeule qui fête ses quatre-vingt-neuf ans, ou le vieux qui mange seul au restaurant, et qui ne sont plus que cette puissance, cette destruction, cette ruine. Tous ont en commun de porter le poids d’une faute, d’une honte, d’une trahison, ou la tentation de la pitié, de l’amour, et d’être en tout cas en manque : d’argent, de tendresse, d’infini, d’un simple mot peut-être, qui permettrait de dénouer ces « liens » qui les ligotent au lieu de les unir. Pour chacun d’eux, le problème de la survie, même précaire, prime tout. Manger plutôt qu’être mangé, pour pouvoir mourir le plus tard possible, telle est la leçon implacable qui fait l’unité de ce recueil. Choisissant la forme ramassée du conte ou de la nouvelle, Clarice Lispector a aussi trouvé l’intensité, l’acuité de chaque trait se répercute de part en part dans ce qui apparaît finalement comme un véritable roman. A chaque instant, la violence latente sourd, les regards se croisent comme des épées au cours des repas de famille ou dans la rue, avec les mêmes pulsions, les mêmes mouvements tétaniques de répulsion ou de haine, d’angoisse ou d’effroi, masqués par les convenances. L’écriture permet, elle, de rompre avec le convenu et de percer la vérité sous les masques.

Les Liens de famille sont un kaléidoscope où, de crainte de sombrer dans le vertige, les êtres se replient au sein de la famille. La révélation n’aura été qu’un fugitif éclair. Mais, cette révélation, Clarice Lispector, avec son regard cruel et attendri, ironique et tragique, la surprend et la livre dans un pétillement d’humour. (Présentation de léditeur)

 

Le Bâtisseur de ruines (A maça no escuro [La pomme dans le noir], 1961), roman, traduit du portugais (Brésil) par Violante do Canto. [Paris], Éditions Gallimard, « Du monde entier », 1970, 328 pages, épuisé

* Réédition :

ISBN [FICHE LIVRE]Le Bâtisseur de ruines. [Paris], Éditions Gallimard, « L’Imaginaire » n°424, 2000, 434 pages. 

Un ingénieur, Martin, a commis un meurtre et est en fuite. Il marche sans but, dans une plaine à peu près désertique, et sans cesse sa marche est interrompue par des rencontres : arbre, oiseau, ruisseau... Rencontres grâce auxquelles il commence à comprendre non pas qui il est, mais ce que fut sa vie jusque-là et ce qu’elle pourrait être, à comprendre notamment que son crime fut une libération pour lui. Sa fuite le conduit à une fazenda dirigée par une femme, Victoria. Il devient garçon de ferme, cède aux avances d’une jeune veuve, Ermelinda, et continue de réapprendre le monde. (Présentation de léditeur


ISBN [FICHE LIVRE]La Passion selon G. H. (A paixão segundo G. H., 1964), roman, traduit du portugais (Brésil) par Claude Farny ; préface de Clélia Pisa. [Paris], Éditions des Femmes, 1978 ; 2005, 230 pages.

« Ce livre est un livre comme les autres, mais je serais heureuse qu’il soit lu uniquement par des personnes à l’âme déjà formée. Celles qui savent que l’approche de toute chose se fait progressivement et péniblement – et doit parfois passer par le contraire de ce que l’on approche. Ces personnes, et elles seules, comprendront tout doucement que ce livre n’enlève rien à personne. À moi par exemple, le personnage de G. H. m’a peu à peu donné une joie difficile : mais son nom est joie. » (Clarice Lispector)

Dans son appartement confortable de Rio de Janeiro, une femme commence sa journée, seule, face à une tasse de café. Elle sait qu’elle passera cette journée à la maison et que son travail devra être négligé. Elle a dû prendre cette sorte de congé pour s’occuper de son appartement à la suite du départ de la bonne. Il y a donc une première rupture du rythme quotidien de cette femme. C’est la raison pour laquelle elle entame une interrogation sur le cours habituel de ses jours. Après, ayant décidé de faire le ménage dans la chambre de la bonne, elle découvre dans quelques signes laissés par la domestique qu’elle a vécu de longs mois, à côté de quelqu’un, resté totalement étranger. Commencent alors à sourdre les indices d’une seconde interrogation, plus large et plus complexe, qui part de ce point précis : son ignorance de l’autre, c’est-à-dire, de la domestique et de son monde... C’est en cherchant le sens primordial de ce qu’elle voit et ressent, et en essayant de comprendre les liens éventuels entre tout cela et Dieu, que G.H. avance, de station en station, dans sa passion, qui est à la fois un cri de douleur et de joie. (Présentation de léditeur

 

ISBN [FICHE LIVRE]Corps séparés (A legiaó estrangeira, 1964), contes et nouvelles traduites du portugais (Brésil) par Teresa et Jacques Thieriot. [Paris], Éditions des Femmes, 1993, 160 pages.

[Contient : « Les malheurs de Sophia » (« Os desastres de Sofia ») ; « Le partage des pains » (« A repartição dos pães ») ; « Le message » (« A mensagem ») ; « Singes » (« Macacos ») ; « L’œuf et la poule » (« O ovo e a galinha ») ; « Tentation » (« Tentação ») ; « Voyage à Pétropolis » (« Viagem a Petrópolis ») ; « La solution » (« A solução ») ; « Évolution d’une myopie » (« Evolução de uma miopia ») ; « La cinquième histoire » (« A quinta história ») ; « Une amitié sincère » (« Uma amizade sincera ») ; « Les obéissants » (« Os obedientes ») ; « Légion étrangère » (« A Legião Estrangeira »)].

Les mots me devancent et me dépassent, ils me tentent et me modifient, et si je n’y prends garde, ce sera trop tard : les choses seront dites sans que je les aies dites.

Treize contes composent ce recueil publié pour la première fois en 1964 par Clarice Lispector ; treize contes, qui disent chacun à leur façon, la difficulté d’être, la douleur de l’amour, la rencontre du mal, la nécessité d’une réconciliation avec soi, le bonheur et l’étrangeté du quotidien. Dans ces récits courts ou longs, mais qui tous portent en eux le mystère d’un drame intérieur et cruel, Clarice Lispector renoue avec cette voix qu’on lui connaît, qui a fait d’elle l’un des plus grands écrivains brésiliens contemporains. Car la simplicité de son ton, la rigueur de son phrasé, le refus du lyrisme ou de l’épanchement ne doivent pas masquer l’ampleur de sa démarche : dire, dans une langue épurée, dépouillée, tragique, ce qui fonde les actes, les paroles, les sentiments ; atteindre ce qui est peut-être la forme la plus pure et la plus intense de l’attention : l’inquiétude. Cette recherche du ton juste, qui est refus du mensonge intérieur, tous les personnages de Corps séparés la ressentent ; ils la vivent comme une plaie qu’on découvre en soi, qu’on portait sans le savoir jusqu’au jour où une rencontre — ce thème décisif de l’univers de Clarice Lispector — la met à nu, et empêche qu’on s’en détourne. Ce que découvrent Sofia, Ofélia, ou la narratrice de « La cinquième histoire », c’est qu’un homme, un cancrelat ou un poussin recèlent en eux — parce que nous les avons touchés, par le regard ou la main, la pensée ou le rêve — la clef de tous les mystères. Dire le « délicat abîme du désordre » ; constater qu’il peut y avoir en chacun de nous une « candeur qui observe le crime » ; comprendre que la limpidité peut masquer les ténèbres, et que pourtant seule compte, en dernière instance, « l’espérance déraisonnable », tel est le propos de cette écriture fragile et dure comme un cristal. Treize nouvelles, toutes « véridiques parce qu’aucune d’elles ne dément les autres. Une unique histoire et pourtant elles seraient mille et une, si mille et une nuits m’étaient données ». (Présentation de léditeur)

 

ISBN [FICHE LIVRE]La Vie intime de Laura (A vita intima de Laura, 1974), suivi de Le Mystère du lapin pensant (O misterio do coelho pensante, 1967), nouvelles traduites du portugais (Brésil) par Teresa et Jacques Thieriot. [Paris], Éditions des Femmes, « Contes pour enfants », 2004, 44 pages.

« Il faut que je te dise une vérité. Cette vérité est que Laura a le cou le plus moche du monde. Tu t’en fiches n’est-ce pas ? Parce que ce qui compte, c’est la beauté intérieure. Toi, es-tu beau intérieurement ? Je parie que oui. Comment est-ce que je le sais ? C’est que je suis en train de te deviner. » /.../ « Je suis stupide, dit Laura. Je caquette, je cocotte, je pense que je pense, mais à chaque œuf que je ponds, c’est moi qui recrée le monde ! Tu vois comme je suis maligne ? » (La Vie intime de Laura)

« Tu sais, Paulo, tu ne peux pas imaginer ce qui est arrivé à ce lapin. Si tu crois qu’il parlait, tu te trompes. Il n’a jamais prononcé un seul mot de sa vie. Si tu crois qu’il était différent des autres lapins, tu te trompes aussi. La vérité, c’est qu’il n’était qu’un lapin. Tout ce qu’on peut dire de lui c’est qu’il était un lapin très blanc. » /.../ « Avec mon petit nez que je fronce et défronce, je flaire le monde, donc je suis, donc je pense, se dit le lapin, et c’est lui, et pas toi, qui voit plus loin que le bout de son nez ! » (Le Mystère du lapin pensant)

 

ISBN [FICHE LIVRE]La Femme qui tuait les poissons (A mulher que matou os peixes, 1969), conte, traduit du portugais (Brésil) par Severine Rosset et Lúcia Cherem ; suivi d’un entretien avec l’auteur. [Paris], Éditions Ramsay / De Cortanze, 1990, 104 pages, épuisé.

* Nouvelle édition sous le titre

ISBN — La Femme qui a tué les poissons, traduit du portugais (Brésil) par Severine Rosset et Lúcia Cherem ; illustrations de Gabriella Giadelli. [Paris], Éditions du Seuil Jeunesse, 1977, 64 pages, épuisé. 

 

ISBN [FICHE LIVRE]Un apprentissage ou Le Livre des plaisirs (Uma aprendizagem ou um Livro dos prazeres, 1969), roman, traduit du portugais (Brésil) par Teresa et Jacques Thieriot. [Paris], Éditions des Femmes, 1992, 192 pages. 

Lori, institutrice, vient de quitter sa famille provinciale et de s’établir à Rio de Janeiro. Ulysse est professeur de philosophie. Leurs rendez-vous s’inscrivent dans un quotidien banal. Mais elle est Lori-Lorelei, une sirène, et lui est le sage Ulysse qui vit à distance, voyageur immobile qui attend la femme, l’observe à chaque étape de sa quête du monde et d’elle-même.

A partir d’éléments autobiographiques évidents et dans un climat de rituel initiatique, Clarice Lispector tisse le fil d’une histoire d’amour insolite, invitant le lecteur à se dépouiller, comme son héroïne, de ses propres images pour entrer dans ce langage destiné à retrouver — inventer l’autre.

« Et maintenant c’était elle qui sentait l’envie de rester sans voir Ulysse, un certain temps, pour pouvoir apprendre, seule, à être. Déjà deux semaines avaient passé et Lori ressentait un manque si grand que c’était comme une faim. Qui ne passerait que si elle mangeait la présence d’Ulysse. Mais parfois le manque était si profond que la présence, calculait-elle, serait insuffisante ; elle voulait absorber Ulysse tout entier. Cette envie d’être à Ulysse et Ulysse être à elle pour une union totale était un des sentiments les plus urgents qu’elle avait eus dans la vie. Elle se contrôlait, ne téléphonait pas, heureuse de pouvoir sentir. »

Le climat atteint dans la relation charnelle ramène paradoxalement Lori et Ulysse au convenu : le mariage, les enfants, la femme au foyer. mais Le Livre des plaisirs ne s’achève pas. Les deux points qui suivent le dernier mot laissent en suspens un silence révélateur. (Présentation de léditeur

 

ISBN [FICHE LIVRE]Agua viva (Água viva, 1973). Édition bilingue, traduit du portugais (Brésil) par Régina Helena de Oliveira Machado. [Paris], Éditions des Femmes, 1981, 260 pages. 

« Je veux capturer le présent qui, par sa nature même m’est interdit...

Mon thème est l’instant, mon thème de vie. Je cherche à lui être pareille, je me divise des milliers de fois en autant de fois qu’il y a d’instants qui s’écoulent — fragmentaire que je suis et précaires les moments — je ne me compromets qu’avec la vie qui naît avec le temps et avec lui grandit : il n’est d’espace pour moi que dans le temps...

La musique ne se comprend pas : s’entend. Entends-moi alors avec ton corps entier. Quand tu arriveras à me lire, tu me demanderas pourquoi je ne me limite pas à la peinture et à mes expositions, puisque j’écris rude et sans ordre. C’est que maintenant je sens la nécessité de mots — et c’est nouveau pour moi ce que j’écris parce que ma vraie parole, jusqu’à maintenant, n’a pas été atteinte. La parole est ma quatrième dimension.

... Je dois aussi t’écrire parce que ton champ est celui des paroles discursives et non le direct de la peinture. Je sais qu’elles sont primaires mes phrases, j’écris avec trop d’amour pour elles et cet amour supplée aux imperfections, mais trop d’amour nuit aux travaux. Ceci n’est pas un livre parce que ce n’est pas ainsi qu’on écrit. Ce que j’écris n’est qu’un paroxysme. Mes jours ne sont qu’un paroxysme : je vis au bord.

... Oui je veux la parole ultime qui est aussi tellement première qu’elle se confond déjà avec la partie intangible du réel. J’ai peur encore de m’éloigner de la logique parce que je tombe dans l’instinctif, dans le direct et dans le futur. Déjà est déjà futur, et toute heure est l’heure dite. Quel mal y a-t-il pourtant à ce que je m’éloigne de la logique ? Je travaille la matière première. Je suis derrière ce qui est derrière la pensée. Inutile de vouloir me classifier : je me dérobe simplement, sans le permettre : le genre ne me saisit plus... »

 

ISBN [FICHE LIVRE]Où étais-tu pendant la nuit ? (Onde estivestes de noite ?, 1974), contes et nouvelles traduits du portugais (Brésil) par Geneviève Leibrich. [Paris], Éditions des Femmes, 1985, 168 pages.

[Contient : « À la recherche d’une dignité » (« A procura de uma dignidade »); « Le départ du train » (« A partida do trem »); « Esquisses de chevaux » (« Seco estudo de cavalos »); « Où étais-tu pendant la nuit ? » (« Onde estivestes de noite ») ; « Compte rendu de la chose » (« O relatório da coisa »); « Le manifeste de la ville » (« O manifesto da cidade ») ; « Les manigances de Dona Frozina » (« As maniganças de Dona Frozina ») ; « C’est là que je vais » (« É para lá que eu vou ») ; « Le mort dans la mer d’Urca » (« O morto no mar da Urca ») ; « Silence » (« Silêncio ») ; « Tarissement » (« Esvaziamento ») ; « Une après-midi bien remplie » (« Uma tarde plena ») ; « Une histoire embrouillée » (« Um caso complicado »); « Tant de douceur » (« Tanta mansidão »); « Les faux de l’océan » (« As águas do mar »); « Tempête d’âmes » (« Tempestade de almas »); « Vie au naturel » (« Vida ao natural »)].

Dix-sept textes — où l’auteur joue avec les saisissants contrastes de l’ombre et de la lumière, du capté et de l’insaisissable, tour à tour visionnaire du chaos ou humble narratrice du « compte rendu de la chose » — mettent ici en scène les grands orchestrateurs de nos « chétifs destins » : le temps, le vieillissement, la mort. Comment apprivoiser le temps, s’ajuster au vieillissement, concevoir la mort ? Qu’opposer à ces incontournables abstractions, sinon nos indigentes vies ? Et l’écriture n’en finit pas de hasarder une réponse : à cette angoisse de l’inconcevable, opposer la dérisoire mais salvatrice réalité quotidienne, et contre la pâle lueur du jour, laisser aussi se déchaîner les forces obscures de la nuit. Où étais-tu pendant la nuit ? questionne, interpelle, ordonne : « Qui es-tu vraiment ? » Ose aller au bout de toi-même, car « Celle qui ne répond pas à l’appel de la nuit... vivra sans anesthésie la terreur d’être vivante ». (Présentation de léditeur

 

ISBN [FICHE LIVRE] — LHeure de létoile (A hora da estrela, 1977), roman, traduit du portugais (Brésil) par Marguerite Wünscher, relu par Sylvie Durastanti. [Paris], Éditions des Femmes, 1984, 120 pages.

« Je voue donc la chose que voici à l’antique Schumann et à sa douce Clara qui ne sont aujourd’hui que poussière, malheureux que nous sommes. Je me voue au rouge aussi vermeil que mon sang d’homme en pleine force de l’âge et je me voue donc à mon sang. Je me voue surtout aux gnomes, nains, sylphides et nymphes qui hantent la vie. Je me voue au regret de ma pauvreté passée, du temps où tout était plus sobre et plus digne et où je n’avais encore jamais mangé de langouste. Je me voue à la tempête de Beethoven. À la vibration des couleurs neutres de Bach. À Chopin, qui m’amollit les os. À Stravinsky qui m’a bouleversé et enflammé. À Mort et Transfiguration, où Richard Strauss me révèle un destin. Je me voue surtout aux veilles du jour présent et au jour présent, au voile transparent de Debussy, à Marlos Nobre, à Prokofiev, à Carl Orff, à Schoenberg, aux dodécaphoniques, aux cris discordants des compositeurs de musique électronique – à tous ceux qui ont su toucher en moi de façon alarmante des profondeurs inespérées, à tous ces prophètes du présent qui me prophétisent à un tel point qu’en cet instant je vais exploser en : moi. En ce moi, qui est vous, car je ne supporte pas de n’être que moi, car j’ai besoin d’autrui pour tenir debout, tant je suis fou, tant je divague. Que faire d’autre enfin, sinon méditer, pour choir en ce vide plein que seule peut atteindre la méditation. La méditation n’escompte point de profit : la méditation ne peut avoir d’autre fin qu’elle-même. Je médite sur le néant. Ce qui me gâche la vie, c’est d’écrire. Or – ne pas oublier que la structure de l’atome est chose connue, quoiqu’invisible. Comme me sont connues bien des choses que je n’ai jamais vues. Il en va de même pour nous. Il est impossible de démontrer l’existence des choses les plus vraies : il suffit d’y croire. D’y croire en pleurant.

Cette histoire survient en pleine urgence, en pleine calamité. C’est là un livre inachevé, faute de réplique. Cette réplique, j’espère que quelqu’un en ce monde me la donnera ? Vous ? C’est une histoire en technicolor, pour ménager un certain luxe, dont dieu sait que j’ai, moi aussi, grand besoin. Pour nous tous, amen. »

Ici, c’est un homme qui est habité par une jeune fille, venue de la misère du Nord-Est brésilien, à Rio, où elle mourra.

« Je jure que ce livre est écrit sans mots. C’est une photographie muette. Ce livre est un silence. Ce livre est une question »écrit-il. Et il est tout occupé d’elle : écrire sa vie, sa mort doit le délivrer, lui qui a échappé au sort sans futur qu’elle subit. Il l’aime, comme on aime ce qu’on a craint de devenir... S’il avoue être le personnage le plus important des sept que comporte son histoire, il ne dit rien de celui dont la présence s’impose progressivement dans ces pages ; la mort qui efface le feu scintillant et fugace de L’Heure de l’étoile, l’heure à laquelle celle qui meurt devient, pour un instant, l’étoile de sa propre vie, désormais réalisée. (Présentation de léditeur)


ISBN [FICHE LIVRE] — La Belle et la bête (A bela e a fera, 1979), suivi de Passion des corps (A Via-Crúcis do corpo, 1974), traduit du portugais (Brésil) par Claude Farny. [Paris], Éditions des Femmes, 1984 ; 2012, 300 pages.

[Contient : La Belle et la bête (A Bela e a Fera, 1979) : « Gertrude cherche conseil » (« Gertrudes pede um conselho ») ; « Histoire interrompue » (« História interrompida ») ; « Obsession » (« Obsessão ») ; « Le délire » (« O delírio ») ; « La fugue » (« A Fuga ») ; « Encore deux ivrogne » (« Mais dois bêbados ») ; « Un jour de moins » (« Um dia a menos ») ; « La Belle et la bête ou la grande blessure » (« A Bela e a Fera ou a Ferida ») – Passion des corps (A Via-Crúcis do corpo, 1974) : « Éclaircissements » (« Explicação ») ; « Miss Algrave » (« Miss Algrave ») ; « Le corps » (« O corpo ») ; « Chemin de croix » (« Via crucis ») ; » L’homme qui fit son apparition » (« O homem que apareceu ») ;« Il m’a pris ma substance » (« Ele me bebeu ») ; « Pour le moment » (« Por enquanto ») ; « Jour après jour » (« Dia após dia ») ; « Bruit de pas » (« Ruído de passos ») ; « Avant le pont sur le rio Niteroi » Antes da ponte Rio-Niterói ») ; « Place Maua » (« Praça Mauá ») ; « Un parler enfantin » (« A língua do “p” ») ; « Mieux vaut se marier » (« Melhor do que arder ») ; « Il va pleuvoir » (« Mais vai chover »)].

Rassemblant diverses nouvelles composées entre les années quarante et les années soixante-dix, La Belle et la bête révèle combien le génie de Clarice Lispector fut, d’emblée, accompli et jusqu’au bout, intransigeant. Génie d’introspection, et à ce titre, s’inscrivant dans la tradition littéraire occidentale, pour traquer sans pitié cet ennemi intérieur qui a pour nom paresse, inertie, défaitisme, aveuglement, goût de la mort. C’est précisément par cette volonté d’ouvrir les yeux sur tous les penchants morbides de l’âme, que se rapprochent La Belle et la bête etPassion des corps, textes de commande à l’origine qui, par un retournement magistral d’ironie, explorent une double veine : celle d’un réel inventé, puisé dans les faits divers dont l’auteur aurait eu connaissance, et celle de l’imagination esthétique et ses « pouvoirs divinatoires », au gré de laquelle ils se trouvent transcrits. Tous ces faits divers, plus ou moins réels ou imaginaires, plus ou moins vrais ou faux, donc, témoignent d’un génie vraiment sud-américain ; et d’un humour noir, macabre et insolent, qui se joue des deux grands mystères dont l’humanité s’entête à chercher l’impossible solution : à savoir, le mystère du désir et le mystère de la mort. Au-delà des déchirement et des luttes, Clarice Lispector révèle l’imprévisible et insolente invention de la vie. (Présentation de léditeur)


ISBN [FICHE LIVRE] — Un souffle de vie (Um sopro de vida, Pulsações, 1978), traduit du portugais (Brésil) par Jacques et Teresa Thiériot. [Paris], Éditions des Femmes, 1998, 224 pages.

« Pour Clarice Lispector, mon amie, Un souffle de vie devait être son livre définitif. Commencé en 1974 et achevé en 1977, la veille de sa mort, cette œuvre, créée difficilement, a été, comme l’a dit Clarice, “ écrite en agonie ”, car elle est née d’un élan douloureux qu’elle ne pouvait retenir. C’est au cours de la même période qu’elle a écrit LHeure de létoile, son dernier livre publié de son vivant. Durant huit ans, j’ai été aux côtés de Clarice et j’ai accompagné son processus de création. Je notais ses pensées, dactylographiais ses manuscrits et surtout, je partageais ses moments d’inspiration. C’est pourquoi elle et son fils Paulo m’ont confié la tâche de mettre en ordre les manuscrits de Un souffle de vie. Ce que j’ai fait. » (Olga Borelli)

 « Avec Un Souffle de vie s’achève la publication en français, entreprise par les éditions Des femmes depuis 1978, de l’œuvre de Clarice Lispector. Livre posthume, livre-testament certes, mais aussi contrepoint à tout ce qu’elle a publié de son vivant, dans la fulgurance de ses recherches existentielles et littéraires.

Si les chroniques de La Découverte du monde révélaient certains de ses processus de création, ici ce sont des matériaux presque bruts, analogues aux “ fusées ” baudelairiennes, qui irradient toutes les questions angoissées que s’est toujours posées Clarice face à Dieu, au temps, au monde et à son histoire, aux êtres vivants ou inanimés. Même si elle n’est pas saisie consciemment, l’approche de la mort aiguise ces interrogations : comment finalement résoudre l’énigme de toute création ? Qu’est-ce que la mort ? Imaginant un dialogue entre un auteur et la femme-personnage à qui il donne “ un souffle de vie ”, Clarice, entre ces deux miroirs, se dédouble à l’infini et, une dernière fois et à jamais, nous éblouît par tous les éclats de son écriture et finalement nous propose le mot “ vie ” comme réponse à nos propres questions. » (Jacques Thiériot)

 

ISBN [FICHE LIVRE] — La Découverte du monde (A descoberta do mundo, posth, 1984), traduit du portugais (Brésil) par Teresa et Jacques Thieriot. [Paris], Éditions des Femmes, « Pour chacune », 1995, 614 pages.

« La Découverte du monde rassemble, dans l’ordre chronologique, les 466 textes que Clarice Lispector a publiés chaque samedi dans le Jornal do Brasil, d’août 1967 à décembre 1973. Nous avons estimé qu’il était important d’offrir cette vision générale de textes où se mêlent chroniques proprement dites, nouvelles, contes, pensées, notes, repris ailleurs. En effet, au cours de cette période, elle écrivait et publiait ou préparait d’autres livres, et il est possible d’identifier le passage, la circulation de personnages, de situations entre les textes du journal et ces livres. » (Paulo Gurgel Valente)

« Ces “ chroniques ” apparaissent comme le creuset, le laboratoire d’une partie importante de son œuvre. Sur un ton tantôt grave, tantôt primesautier, sont relatés les états d’âme, les choses vues, les rencontres, les lectures… Voici le bonheur de rencontrer au quotidien Clarice écrivain, journaliste, citoyenne, moraliste, philosophe, visionnaire, femme et mère, Clarice avec ses lecteurs et ses lectrices, ses amis et amies, ses chauffeurs de taxi et ses grands hommes, ses animaux, ses plantes et ses pierres… et quelques insectes – telle qu’en elle-mêmes. » (Jacques et Teresa Thiériot)

 

ISBN [FICHE LIVRE] — Comment sont nées les étoiles. Douze légendes brésiliennes (Como nas ceram as estrelas. Doze lendas brasileiras, posth. 1987). Édition bilingue, traduit du portugais (Brésil) par Teresa et Jacques Thieriot ; illustrations de Héloïsa Novaes. [Paris], Éditions des Femmes-Antoinette Fouque, 2005, 100 pages. 

« Le destin de l’enfant, c’était de naître. On entendait, comme venue du cœur de la nuit silencieuse, cette musique aérienne que chacun de nous a déjà entendue et dont est fait le silence : extrêmement douce et sans mélodie, mais composée de sons qui pouvaient devenir mélodieux. Flottante, ininterrompue. Les sons comme quinze mille étoiles. La petite famille captait la plus élémentaire vibration de l’air – comme si le silence parlait. »

 

ISBN [FICHE LIVRE] — Le Seul moyen de vivre (Correspondências, éd. Teresa Montero, 2002), lettres, traduit du portugais et présenté par Maryvonne Lapouge-Pettorelli. [Paris], Éditions Rivages, Bibliothèque Rivages, 2010, 192 pages.

* Réédition :

ISBN [FICHE LIVRE] — Le Seul moyen de vivre. [Paris], Éditions Rivages, « Rivages poche. Petite bibliothèque », n°743, 2012, 204 pages.

« Ma petite sœur, écoute mon conseil, écoute ma demande : respecte-toi plus que tu ne respectes les autres, respecte tes exigences, respecte même ce quil y a de mauvais en toi — respecte surtout ce que tu imagines être mauvais en toi — pour lamour de Dieu, ne cherche pas à faire de toi une femme parfaite — ne copie pas une personne idéale, copie-toi toi-même — cest le seul moyen de vivre. »

 

ISBN — Mes chéries. Correspondance avec ses sœurs Elisa Lispector et Tania Lispector Kaufmann, 1940-1957 (Minhas queridas, 2007), préface de Nádia Battella Gotlib ; traduction du portugais (Brésil) par Claudia Poncioni et Didier Lamaison. [Paris], Éditions des femmes-Antoinette Fouque, 2015, 384 pages.

À partir de 1944, Clarice Lispector accompagne son mari diplomate dans ses différentes affectations et vit quinze ans loin du Brésil et de ses sœurs, Elisa et Tania, auxquelles la lie une affection intense. Elle entretient avec elles une correspondance haletante, vitale. De Belém (1944) à Washington (1956), en passant par Naples (1945), Berne (1946), Paris (1947), Torquay (1950), nous accompagnons donc le quotidien de Clarice Lispector dans sa longue odyssée, que nourrit immanquablement une nostalgie irrémédiable. Plus de cent vingt lettres furent choisies et publiées en 2007 au Brésil et sont enfin accessibles au public français.  (Présentation de l'éditeur)

 

SUR L’AUTEUR (par date de publication)

ISBN [FICHE LIVRE] — Clarice Lispector. Rencontres brésiliennes, édition de Claire Varin. [Laval, Québec], Éditions Trois, « Vedute », 1987, 244 pages, illus., épuisé.

* Nouvelle édition :

ISBN [FICHE LIVRE] — Claire Varin, Clarice Lispector. Rencontres brésiliennes. [Montréal], Éditions Triptyque, 2007, 228 pages.

Pour souligner les trente ans de la disparition de Clarice Lispector (Ukraine 1920-Brésil 1977), voici la réédition revue et augmentée deRencontres brésiliennes. Paru d’abord en 1987, ce livre accessible et vivant se visite comme un cabinet de curiosités: extraits d’entrevues accordées par la romancière à la presse de son pays, photos, lettres, fragments de nouvelles et de manuscrits parfois inédits. Conçu et réalisé par Claire Varin, Rencontres brésiliennes nous conduit à la rencontre d’une des grandes voix de la littérature du XXe siècle, d’une œuvre qui a suscité l’admiration d’écrivains tels que Julio Cortázar, Alain Robbe-Grillet, Hélène Cixous.

Et une fois le livre prêt, remis à l’éditeur, je peux dire comme Julio Cortázar : tends l’arc au maximum pendant que tu écris, puis relâche-le d’un seul coup et va boire du vin avec les amis. La flèche file déjà et s’enfoncera ou non dans la cible ; seuls les imbéciles peuvent prétendre modifier sa trajectoire ou courir derrière elle pour lui donner des poussées supplémentaires avec des visées sur l’éternité et les éditions internationales. (Clarice Lispector)

 

ISBN [FICHE LIVRE] — Hélène Cixous, LHeure de Clarice Lispector, précédé de Vivre lorange. Texte français et traduction anglaise en regard. [Paris], Éditions des Femmes, 1989, 172 pages, épuisé.

 

— La Parole métèque, n°11, Clarice Lispector, Montréal, automne 1989, épuisé.

[Contient : Otto Lara Resende, « Le legs fulgurant d’un vertige » ; Marco Antônio Coutinho Jorge; « L’initiée sans secte » ; « La conversation », entretien avec Clarice Lispector ; Clarice Lispector, « La littérature d’avant-garde au Brésil » (extraits)].

 

ISBN — Claire Varin, Langues de feu. Essai sur Clarice Lispector. [Laval, Québec], Éditions Trois, « Vedute », 1990 ; 2012, 228 pages, illus.

 

ISBN [FICHE LIVRE] — Mara Negron-Marreiro, Une genèse au féminin. Étude de La Pomme dans le noir, de Clarice Lispector. [Amsterdam], Éditions Rodopi, « InterActions », 1997, 262 pages.

 

ISBN — Olga Borelli, Clarice Lispector. Dune vie à lœuvre (Clarice Lispector. Esboço para um possível retrato, 1981), avec des lettres de Clarice Lispector, traduit du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli et Véronique Basset. [Paris], Éditions Eulina Carvalho, « Cultures du Brésil » n°5, 2003, 146 pages. 

 

ISBN [FICHE LIVRE] — Benjamin Moser, Clarice LispectorUne biographie : pourquoi ce monde (Why this world : a biography of Clarice Lispector, 2009), traduit de l’anglais (États-Unis) par Camille Chaplain. [Paris], Éditions des Femmes-A. Fouque, 2012, 439 pages, illus. (16 p. de pl.).

 

ISBN [FICHE LIVRE] — Europe, n°1003-1004, Clarice Lispector, Paris, novembre-décembre 2012.

[Contient : Michel RiaudelI, « Lire Clarice » ; Otto Lara Resende, « La fulgurance d’un vertige laissée en héritage » ; Benedito Nunes, « La passion de Clarice Lispector » ; Vilma Arêas, « Une prose tentée par le grotesque et la poésie » ; Clarice Lispector, « Mineirinho » ; Yudith Rosenbaum, « L’éthique en littérature » ; Nádia Battella Gotlib, « Repères chronologiques »].

 

ISBN — Clarice Lispector. Une pensée en écriture pour notre temps. Études sous la direction de Nadia Setti et Maria Graciete Besse. [Paris], Éditions de L’Harmattan, « Créations au féminin », 2013, 288 pages, illus.

Cet ouvrage réunit plusieurs écrivains, universitaires, philosophes et chercheurs autour de l’œuvre exceptionnelle, toujours actuelle et urgente, de Clarice Lispector. Chacun pourra y découvrir les miracles petits et grands de la pensée et de l’existence de cette figure féminine légendaire de la littérature et de la culture brésiliennes du XXsiècle.


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Dictionnaire des auteurs

Dictionnaire

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