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SPARK, Muriel

SPARK, Muriel
[ÉCOSSE] (Édimbourg, Écosse, 1918 – Toscane, Italie, 2006). Née Muriel Sarah Camberg, de père juif et de mère anglicane, elle a fait ses études à la James Gillespie's High School for Girls. En 1938, elle épouse Sidney Oswald Spark et le suit en Rhodésie (aujourd'hui Zimbabwe). Ils ont un fils, mais le mariage s’avère désastreux et elle retourne en Grande-Bretagne en 1944. Elle y travaille au Political Intelligence Department du Foreign Office et commence à écrire de la poésie et de la critique littéraire. De 1947 à 1949, elle dirige la revue Poetry Review.En 1954, elle se convertit au catholicisme, événement qu’elle considère comme crucial dans son évolution vers l’écriture romanesque. Après avoir vécu pendant quelques années à New York et à Rome, elle s’installe dans le village toscan de Civitella della Chiana. Elle est l'auteur de pièces de théàtre et de dramatiques pour la radio, de diverses œuvres poétiques, biographiques et critiques (J. Masefield, E. Brontë, M. Shelley), de recueils de nouvelles et de nombreux romans (tous traduits).
« ''ll reste bien des choses à accomplir et plus de chaos encore à organiser.'' Cette petite phrase énigmatique que prononce l'un de ses personnages pourrait servir d'exergue à la plupart des romans de Muriel Spark. Car c'est au désordre du désir, aux perturbations du sens commun, qu'elle se consacre avec une précision allègre. M. Spark est une intime de l'ange du bizarre, a qui elle offre mine de rien, le thé dans un salon banal. » (Evelyne Pieiller, Le Monde, 1987)

LIVRES (Traductions) 
Mary Shelley, la mère de Frankenstein (Child of Light. A Study of Mary Shelley, 1951 ; nlle édition, 1988), biographie, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1989, 336 pages, illus., épuisé.
* Réédition : [Monaco / Paris], Éditions du Rocher, 2003, 336 pages, 20 €

Née en 1797, Mary Shelley était la fille du philosophe anglais William Godwin et de Mary Wollstonecraft, célèbre pionnière du féminisme, auteur de Défense des droits de la femme, qui mourut en la mettant au monde. Dès son plus jeune âge, Mary se mêle aux invités de son père, jeunes écrivains romantiques que séduisent les idées rationalistes et révolutionnaires de Godwin. L'un d'entre eux se nomme Shelley ; il est poète, fils de baronet et, à vingt et un ans, père de famille. Qu'importe ! Entre Mary et lui, c'est la passion, et les deux jeunes gens s'enfuient à Paris, puis en Suisse. Cette fugue marquera le début d'une union - liaison, puis mariage après le suicide de la femme de Shelley - qui ne se brisera qu'avec la mort de Shelley, noyé près de La Spezia en 1822. Mary, elle, s'éteindra quelque trente ans plus tard, à Londres, entourée de l'affection de son fils et de sa belle-fille. Mais ce n'est pas aux seules vicissitudes d'une vie commencée sous les auspices d'un romantisme échevelé et achevée dans une bienséance toute victorienne que Mary Shelley doit sa célébrité. Dès 1916, à Genève, au cours de longues soirées en compagnie de Shelley et de Byron, en partie par jeu et en partie pour gagner de l'argent (le père de Shelley avait coupé les vivres au jeune couple), elle s'était mise à rédiger un roman noir, Frankenstein, qui devait connaître la fortune que l'on sait. Plus tard, devenue veuve, elle publia deux autres romans dont le Dernier Homme, des nouvelles, des carnets de voyages, de la poésie, et veilla à l'édition posthume des œuvres de son époux.

Les Consolateurs (The Comforters, 1957), roman, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1991, 280 pages, 18.60 €
* Réédition : [Paris], LGF (Librairie générale française), « Le Livre de poche. Biblio » n°3288, 1998, 256 pages, épuisé.

À la charmante Caroline Rose se pose un singulier problème: la nuit, elle entend une machine à écrire régurgiter sous forme de roman les événements de sa propre vie, ses pensées et celles des êtres qu'elle côtoie. Mais qui est assis devant la machine à écrire invisible ? Caroline est-elle l'héroïne de ce roman - ou son auteur ? Quant aux autres personnages des Consolateurs, convertis au catholicisme ou renégats, ils ont leurs propres illusions : Laurence, ex-amant de Caroline ; Louisa Jepp, sa grand-mère, qui se livre à Dieu sait quel trafic inavouable ; le baron Stock, libraire spécialisé dans la démonologie ; Lord Manders, père de Laurence et propriétaire des « Figues au sirot Manders », qui n'émerge que rarement de longues retraites vouées à la méditation ; Ernest, son frère, esthète aux cheveux blancs et au visage d'enfant, qui s'occupe de danse classique ; l'inquiétant Mr. Hogarth ; enfin, Georgina, la plantureuse traîtresse, qui, à certains moments, cesse tout simplement d'exister.. En fait, les seuls éléments du fantastique premier roman de Muriel Spark qui ne soient pas ambigus sont sa prose scintillante et - pour reprendre le jugement de Graham Greene - « l'incomparable fulgurance de son esprit ».

Robinson (Robinson, 1958), roman, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1994, 224 pages, 18.60 €
* Réédition : [Paris], Éditions Stock, « Bibliothèque cosmopolite », 1996, 224 pages, épuisé.

Un avion s'abat sur une île perdue. Il y a trois survivants. Prisonniers de Robinson (l'île) en compagnie de Robinson (son propriétaire), leur séjour de trois mois semble destiné à être idyllique. Mais un meurtre sanglant ne tarde pas à gâter cette perspective..
Étincelant comme du cristal taillé au soleil, Robinson réunit tous les ingrédients du thriller - avec, en plus, cet esprit dévastateur et cette subtilité des personnages qui sont la signature de Muriel Spark.

Memento mori (Memento Mori, 1959), roman, traduit de l’anglais par Magdeleine Paz. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Pavillons », 1964, 244 pages, épuisé.
[*] Nouvelle édition : Memento mori, traduction de Magdeleine Paz revue par Marie-Lise Hieaux. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Classiques Pavillons », 1986, 244 pages, épuisé.
[**] Nouvelle édition : Memento mori, roman, traduit de l’anglais par Alain Delahaye. [Paris], Éditions Fayard, 1993, 288 pages, 18.60 €
** Réédition : [Paris], Éditions Stock, « Bibliothèque cosmopolite », 1994, 288 pages, épuisé.

Memento mori : « Rappelez-vous qu'il faut mourir. » C'est par cette phrase, aussi laconique que désagréable, qu'un mauvais plaisant (ou un malade mental ?) importune à intervalles réguliers, lors de coups de téléphone anonymes, plusieurs personnes âgées appartenant à la meilleure société londonienne. La police semble impuissante à découvrir le coupable, et peu à peu la tension monte, car plusieurs des personnes qui ont reçu ces appels meurent effectivement - ce qui, vu leur âge, n'est pas tout à fait illogique. Qui dit décès dit héritage, et certains héritages suscitent des convoitises, en particulier celui de Lisa Brooke, qui a connu une vie sentimentale particulièrement agitée, avant de léguer la totalité de sa fortune à sa gouvernante, l'inquiétante Mme Pettigrew. Une autre gouvernante, Mlle Taylor, qui a passé de longues années au service de la célèbre romancière Charmian Colston, termine ses jours dans un hôpital, entourée de malades souvent fort pittoresques, et si elle reçoit de fréquentes visites, c'est qu'elle semble détenir bien des secrets..

L'Ingénieur culturel (The Ballad of Peckham Rye, 1960), roman, traduit de l’anglais par Alain Delahaye. [Paris], Éditions Fayard, 1990, 192 pages, 14.50 €
* Rééditions : [Paris], LGF (Librairie générale française), « Le Livre de poche. Biblio » n°3270, 1996, 182 pages, épuisé / [Paris], Éditions Le Serpent à plumes, « Motifs » n°285, 2007, 192 pages, 7 €

Le séduisant, le parfaitement bien élevé, l'irrésistible Dougal Douglas est engagé par un industriel de Peckham Rye, quartier ouvrier de Londres, pour « élargir l'horizon culturel » de ses employés, et il ne s'en prive pas. Grâce à lui, Peckham Rye et ses habitants connaîtront l'horizon élargi des larmes, de l'absentéisme, de l'imposture, du chantage, de la violence et du meurtre. Mais ces cadeaux, Dougal Douglas les fait avec une si agréable désinvolture, et son rire est si charmeur - quoique un peu inquiétant, tout de même, surtout si l'on songe aux deux bosses qui poussent de chaque côté de son front, et à son épaule droite qui est légèrement plus haute que la gauche - qu'on les accepte de bonne grâce ! Sa tâche accomplie, Dougal s'en ira, laissant ses victimes à la fois soulagées et secrètement inconsolables...

Les Célibataires (The Bachelors, 1960), roman, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1991, 292 pages, 14.50 €
* Réédition : [Paris], Éditions Gallimard, « Folio » n°2126, 1990, 312 pages, 6.40 €

Il est dix heures, un samedi matin, dans le quartier londonien de South Kensington. Ronald Bridges, le héros de cette histoire, est sorti faire ses achats de fin de semaine. Un autre célibataire, en train lui aussi de s'approvisionner, lui annonce que Patrick Seton, médium spirite entre deux âges, est menacé d'un procès pour faux et détournement de fonds.. Comme une ride se propage sur un étang, cette affaire sordide se met à troubler l'existence de nombreux membres des populations indéterminées de Chelsea, Kensington et Hampstead. Avant longtemps, ces lieux bourdonnent d'intrigues ; certains mobiles sont mis en question ; les membres de la Spirale intérieure sont la proie d'une scission; la séduisante Alice Dawes, qui se résigne à sa grossesse, attend le résultat du procès, tout en ignorant à quel point son sort en dépend; et surtout, les éternels célibataires sans racines, détournés de leur quête d'amour libre et de repas gratuits, s'activent au cœur de l'affaire et prennent part à la complexité des événements.
Amour et loyalisme, malice et trahison, pathétique et noblesse de comportement: perçant à jour les déguisements traditionnels de la vie ordinaire, Muriel Spark, armée de cet humour implacable qui naît des situations et des caractères, nous emmène, avec Les Célibataires, aux sources mêmes de l'humain dilemme.

Le Bel âge de Miss Brodie (The Prime of Miss Jean Brodie, 1961), roman, traduit de l’anglais par Magdeleine Paz. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Pavillons », 1962, 204 pages, épuisé.
[*] Nouvelle édition : Le Bel âge de Miss Brodie, traduction de Magdeleine Paz revue par Marie-Lise Hieaux. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Classiques Pavillons », 1986, 204 pages, épuisé
[**] Nouvelle édition sous le titre Les Belles années de mademoiselle Brodie, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1992, 172 pages, 18.60 €
** Rééditions : LGF (Librairie générale française), « Le Livre de poche. Biblio » n°3234, 1995, 128 pages, épuisé / [Paris], Éditions Le Serpent à plumes, « Motifs » n°265, 2006, 240 pages, 6 €

Lorsque, dans une des écoles de filles les plus huppées et les plus conventionnelles de l'Angleterre des années trente, une institutrice se met non seulement à avoir des idées non conventionnelles sur des sujets aussi divers que les buchmanites et Mussolini, les peintres de la Renaissance italienne, les avantages de l'hamamélis pour la peau, la décoration de la résidence londonienne de l'auteur de Winnie l'ourson, Einstein, les vies amoureuses de Charlotte Brontë et Mlle Brodie en personne, ainsi que le sexe en général, mais encore à les inculquer aux six adolescentes privilégiées qui forment le « clan » Brodie, les choses ne peuvent que prendre une tournure peu anglicane : au beau milieu de ce qu'elle se plaît à appeler ses « belles années », la trop sulfureuse maîtresse d'école sera trahie. Qui, de Monica Douglas, célèbre pour ses talents de mathématicienne et ses colères, ou de Rose Stanley, célèbre pour son sex-appeal, ou de Eunice Gardner, célèbre pour sa gymnastique et sa natation prestigieuses, ou de Sandy Stranger, célèbre à la fois pour ses petits yeux presque inexistants et ses sons vocaliques, ou de Jenny Gray, célèbre pour sa beauté, ou encore de Mary McGregor, célèbre pour sa bêtise, qui a bien pu perpétrer ce forfait ?

Les Demoiselles de petite fortune (The Girls of Slender Means, 1963), roman, traduit de l’anglais par Magdeleine Paz. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Pavillons », 1965, 208 pages, épuisé.
[*] Nouvelle édition : Les Demoiselles de petite fortune, traduction de Magdeleine Paz revue par Marie-Lise Hieaux. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Classiques Pavillons », 1986, 180 pages, épuisé.
[**] Nouvelle édition sous le titre Demoiselles aux moyens modestes, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1995, 160 pages, 13.60 €
** Réédition : [Paris], Éditions Stock, « Bibliothèque cosmopolite », 1998, 160 pages, épuisé.

Une guerre vient de s'achever, un monde disparaît. Nous sommes à Londres en 1945, époque bénie où, à quelques exceptions près, tous les gens bien sont pauvres.. C'est le cas, entre autres, des héroïnes du roman de Muriel Spark, des jeunes filles pensionnaires du club May de Teck, une fondation royale accueillant des « demoiselles aux moyens modestes ». Il y a là Johanna, fille de pasteur qui a perdu son fiancé à la guerre et récite de la poésie à toute heure du jour ; Selina, dont la beauté tourne la tête aux hommes ; Dorothy, qui dirigera plus tard une florissante agence de mannequins ; Pauline, qui bat le pavé tous les soirs pendant deux heures et annonce en rentrant qu'elle a dîné avec tel ou tel acteur célèbre ; Anne, qui possède une robe de Schiaparelli, objet de toutes les convoitises et de juteuses transactions. Il y a Jane, qui travaille chez un éditeur et écrit à des auteurs célèbres en se faisant passer pour une handicapée ou une détenue.. Toutes font des prodiges pour joindre les deux bouts en ces temps de disette, toutes - ou presque - s'intéressent aux hommes. Cette vie somme toute assez insouciante semblerait devoir se prolonger indéfiniment, mais, comme la guerre et le monde d'alors, elle va se terminer brusquement - sur une tragédie.

La Porte Mandelbaum (The Mandelbaum Gate, 1965), roman, traduit de l’anglais par Pierre Marly, Marie-Christine et Robert Mengin. [Paris], Éditions Buchet-Chastel, « Visages de la vie », 1968 ; 1996, 382 pages, 14.48 €
* Réédition : [Paris], Éditions Rivages, « Rivages poche. Bibliothèque étrangère » n°319, 464 pages, 10.40 €

L'histoire se passe à Jérusalem et en Jordanie, en 1961, avant la guerre des Six Jours. La porte Mandelbaum, dans Jérusalem divisée, marque la limite qu'Israéliens et Jordaniens ne franchissent qu'en fraude. Une enseignante en vacances, Barbara Vaughan, arrive en Jordanie pour retrouver l'homme de sa vie. Elle en profite pour visiter les Lieux saints. Mais cette Anglaise catholique, à demi juive, va risquer sa vie au cours de ce pèlerinage qu'elle accomplit sous divers déguisements. Victime de la typhoïde, elle est internée dans une extraordinaire maison de campagne des environs de Jéricho, où cohabitent d'étranges personnages, dont un louche négociant, une Anglaise non moins suspecte, des filles de boîtes de nuit..
Ce roman, qui a contribué à placer Muriel Spark au tout premier rang des romancières anglaises, est aussi sérieux par la documentation que drôle par les situations. Le tragique et le comique, le sacré et le profane, le monde arabe et le monde juif, sont présentés avec toute l'objectivité d'un imperturbable humour écossais.

L'Image publique (The Public Image, 1968), roman, traduit de l'anglais par Marie-Christine et Robert Mengin. [Paris], Éditions Buchet-Chastel, « Visages de la vie »1969, 192 pages, épuisé.
[*] Nouvelle édition : L'Image publique, traduit de l’anglais par Eric Diacon. [Paris], Éditions Fayard, 1997, 160 pages, 15 €

Annabel n'est pas d'une grande beauté; elle ne brille ni par le talent ni par l'intelligence ; elle n'a rien de remarquable sauf peut-être ses yeux, puisqu'un producteur italien les remarque et comprend ce qu'on peut en tirer à l'écran. Grâce à lui, grâce aux yeux de félin qu'il a perçus dans son visage banal, Annabel va devenir « la Dame-Tigre anglaise » du cinéma - tout un programme auquel elle devra conformer son image: dame en public et tigresse au lit.. avec son mari. Son mari, Frederick, qui n'a pas obtenu en tant qu'acteur le succès que lui promettait son talent, accepte de jouer le rôle secondaire de conjoint, jusqu'au jour où, n'en pouvant plus, il sort de scène de façon fracassante et compromet irrémédiablement l'image publique à laquelle il s'était prêté jusque-là..
Avec son style concis, beaucoup d'humour et une certaine tendresse, Muriel Spark nous conte ici, sur le fond pittoresque de Rome et du cinéma italien, l'histoire d'une vraie héroïne qui, sans le savoir, ne cesse de se battre pour rendre sa vie cohérente.<

La Place du conducteur (The Driver's Seat, 1970), roman, traduit de l’anglais. [Paris], Éditions Fayard, 1985, 136 pages, 15 €
* Réédition : [Paris], Éditions Gallimard, « Folio » n°1867, 1987, 148 pages, 3.50 €

Lise, jeune cadre d'une trentaine d'années, s'apprête à quitter sa froide ville septentrionale pour aller passer des vacances sur quelque Riviera. Mais n'a-t-elle pas, soudain, un comportement bizarre ? Pourquoi achète-t-elle cette robe et ce pardessus aux couleurs tapageuses, elle dont l'intérieur est d'un goût si parfait ? Pourquoi éclate-t-elle en sanglots devant ses collègues, elle qui est habituellement si posée ? Pourquoi, à l'aéroport, à l'hôtel où elle est descendue, dans un grand magasin, se fait-elle remarquer en tenant des propos particulièrement déplacés ou ridicules ? Et que cherche-t-elle au bout du voyage ? Un moment de détente et d'extravagance par rapport à la grisaille du quotidien ? Une simple aventure ? Non. Comme elle le confie à la charmante vieille dame qui l'accompagne dans ses pérégrinations, c'est l'homme de ses rêves qu'elle poursuit avec tant d'acharnement - un inconnu, qu'elle veut, qu'elle doit, absolument, rencontrer.
Avec son inexorable économie d'effets dramatiques, son style savamment dépouillé, ses sept chapitres qui s'accélèrent et deviennent de plus en plus lapidaires pour mieux nous précipiter dans l'horreur finale, enfin cet humour glacé qui est en quelque sorte le cachet de Muriel Spark, La Place du conducteur fait partie de ces « très rares chefs-d'œuvre que l'on ne peut plus jamais oublier ».

Ne pas déranger (Not to Disturb, 1971), roman, traduit de l’anglais par Jean-Bernard Blandenier. [Paris], Éditions Fayard, 1986, 128 pages, 13.40 €
* Réédition : [Paris], Éditions Gallimard, « Folio » n°1951, 1988, 148 pages, 3.50 €

Tandis que l'orage se déchaîne autour du château des Klopstock, zébrant de griffures blafardes les buis taillés en forme d'animaux, l'étang aux nénuphars et les terrasses qui s'abaissent en pente douce jusqu'aux rives du lac Léman, une autre tempête fait rage dans la bibliothèque, où le baron, la baronne et le beau Victor - leur secrétaire très particulier à tous deux - se sont enfermés. À l'office, en revanche, Lister, le majordome féru de poésie, Eleanor, sa tante qui est aussi sa maîtresse, Clovis, le cuisinier aux gestes gracieux, et leurs jeunes comparses affichent la sérénité de ceux qui ont tout prévu : Lister a vendu ses mémoires (« jusqu'aux funérailles ») aux plus grands hebdomadaires européens, Clovis attend d'une seconde à l'autre un appel d'Hollywood au sujet de son scénario.. Mais que s'est-il passé - ou plutôt que va-t-il se passer, puisque, comme le déclare sentencieusement Lister, « ce qui est fait est sur le point de se faire, et le futur est en passe d'être échu ».
Comédie obéissant aux lois de la tragédie, personnages se déplaçant comme les pièces d'un jeu d'échecs sur le damier du hall ou sautant sur une case occupée (Eleanor jouant le rôle de la baronne qui joue le rôle de la « religieuse congolaise », Pablo imitant Hadrian qui imite...), citations déformées ou tronquées : Muriel Spark et sa prose moirée nous rappellent ici que la fonction de l'art pourrait bien être de combattre les effets dévastateurs de l'habitude sur notre façon de percevoir le monde - réel ou imaginaire.

Une Serre sur l'East River (The Hothouse by the East River, 1973), roman, traduit de l’anglais par Philippe Mikriammos. [Paris], Éditions Fayard, 1986, 192 pages, 13.40 €
* Rééditions : [Paris], LGF (Librairie générale française), « Le Livre de poche. Biblio » n°3245, 1995, 192 pages, épuisé / [Paris], Éditions Le Serpent à plume, « Motifs » n°252, 2006, 234 pages, 7 €

Pourquoi Elsa Hazlett passe-t-elle ses journées assise à côté d'une fenêtre, à fixer au-dessus de l'East River une présence impalpable qu'elle seule voit ? À qui parle-t-elle au juste quand elle monologue en regardant ce point inexistant qui la fait sourire? À son mari Paul, dont le cœur faible et terrorisé appelle au secours ? À son fils Pierre, qui monte une version gérontologique de Peter Pan ? À la princesse Xavier, dont les chairs surabondantes abritent des vers à soie ? À ce mystérieux Kiel, bien jeune pour être le prisonnier allemand de 1944 ? Ou à son psychanalyste, qui a accepté de servir comme valet chez les Hazlett ? Comment, enfin, l'ombre de cette Elsa peut-elle tomber à l'envers, remontant la lumière au lieu d'être projetée par elle ?
Muriel Spark a l'art de poser des questions qui ne peuvent vraiment trouver de réponse. Certes, ses questions ne restent pas toutes sans réponse - mais une réponse à la Muriel Spark explique-t-elle quoi que ce soit ?

L'Abbesse de Crewe (The Abbess of Crewe, 1974), roman, traduit de l’anglais par Antoine Jaccottet. [Paris], Éditions Fayard, 1992, 118 pages, 13.60 €
* Réédition : [Paris], Éditions Stock, « Bibliothèque cosmopolite », 1997, 112 pages, épuisé.

Non, le scandale n'épargnera pas l'abbaye de Crewe, n'épargnera ni Alexandra, la belle Abesse, que « quarante-deux ans pour ce qui est de son âge propre, plus quatorze générations de pâles ancêtres qui ont gouverné l'Angle­terre et dix autres la France avant elle », ni ses deux fidèles lieutenantes, Walburga, la prieure, et Mildred, la maî­tresse des novices, ni même sœur Gertrude, qui parcourt le monde pour mener à bien sa mission oecuménique et gagner à sa cause les tribus perdues des Andes ou de l'Himalaya. C'est que, pour être élue en remplacement de la défunte Hildegarde, Alexandra a suivi la règle un peu trop à la lettre, et interprété le « Sœur, soyez vigilantes ! » à sa manière, en truffant de micros l'abbaye et les peupliers de l'allée de la méditation ; c'est aussi que, pendant vêpres, pendant none, pendant laudes et matines, Alexandra, dans sa haute chaire, au lieu de chanter les psaumes avec ses sœurs, récite des vers de ses poètes pré­férés - ou lit en latin les sages préceptes de Machiavel. Il y a déjà eu le scandale de la liaison de sœur Félicité avec un jésuite, et celui du vol de son dé à coudre, et celui de la dis­parition de ses lettres d'amour. Maintenant, le scandale menace d'emporter l'abbaye tout entière, et Alexandra, prenant conseil de sa chère Gertrude grâce au téléphone vert qui les relie, décide de jouer son va-tout...

L'Appropriation (The Takeover, 1976), roman, traduit de l’anglais par Philippe Mikriammos. [Paris], Éditions Fayard, 1988, 244 pages, 15 €
* Réédition : [Paris], Éditions Stock, « Bibliothèque cosmopolite », 1994, 244 pages, épuisé.

« Muriel Spark n'est pas une colombe », a récemment dit un critique américain. Rapportant ce propos, Muriel Spark sourit, mais ne dément pas : L'Appropriation va en apporter une nouvelle preuve.. Hubert, l'Anglais excentrique qui croit descendre de Diane et d'Apollon, s'approprie la maison de Maggie, au bord du lac sacré de Nemi, les meubles de style de Maggie, les tableaux de Maggie. Lauro, le domestique cynique et « macho », s'approprie les bijoux de Maggie, le corps de Maggie, la belle-fille de Maggie et peut-être le propre fils de Maggie. Coco de Renault, le faux homme d'affaires argentin, s'approprie les actions de Maggie, les titres de Maggie, les parts de Maggie - et Massimo de Vita, l'avocat douteux, fait main basse sur ce qui reste. Mais Maggie récupérera le tout, moins trente pour cent.
Escroquons-nous les uns les autres : telle semble être la morale de cette sarabande bouffonne, dont l'auteur n'excepte que ce qu'elle nomme « la vie éternelle », et dont Joseph Losey, lorsqu'il disparut, s'apprêtait à tourner une adaptation cinématographique signée par Muriel Spark elle-même.

Droits territoriaux (Territorial Rights, 1979), roman, traduit de l’anglais par Eric Diacon. [Paris], Éditions Fayard, 1996, 224 pages, 16.80 €

À Venise, venus chacun dans un but précis, secret et le plus souvent inavouable, vont se retrouver, se pourchasser, se mesurer et se fuir une poignée de personnages-marionnettes que Muriel Spark, habile montreur, fait pirouetter et s'entrechoquer en une machiavélique sarabande. Il y a là Robert, jeune Anglais plus gigolo qu'étudiant, à la recherche de Lina Pancev, réfugiée bulgare rencontrée à Paris et qui, elle, espère retrouver la tombe de son père ; il y a Curran, esthète américain aux tempes grises, venu lui aussi de Paris s'expliquer avec Robert après une rupture qu'il juge malséante ; il y a Arnold Leaver, père de Robert, qu'accompagne sa maîtresse, Mary. Tous passent ou s'installent à la Pensione Sofia, où, vingt ans plus tôt, le père de Lina, dissident, a été vu pour la dernière fois. Il y a aussi, dans son palazzo, Violet, comtesse de Winter, à la solde d'une agence de détectives londonienne.. De noirs secrets entourent le passé de Curran, de Violet, de Katerina et d'Eufemia, les deux sœurs qui tiennent la Pensione Sofia, chacune propriétaire d'une moitié de jardin, et la découverte d'une partie de ces secrets forcera le squelette à sortir du placard..

Intentions suspectes (Loitering with Intent, 1981), roman, traduit de l’anglais par Alain Delahaye. [Paris], Éditions Fayard, 1983, 246 pages, 12.50 €
* Réédition : [Paris], Éditions Gallimard, « Folio » n°2069, 1989, 246 pages, 7 €

Londres, dans les dures années de l'après-guerre. Fleur Talbot, jeune poétesse sans argent mais non sans amants, est engagée comme secrétaire par une très étrange association composée de gens du meilleur monde qui ont décidé de rédiger leur autobiographie - pour la postérité, et sous la direction d'un certain Sir Quentin. Bien qu'ils souffrent tous de nostalgie, de paranoïa et d'une volonté maladive de paraître aimables, les membres de l'association sont pourtant moins déconcertants que Sir Quentin lui-même. S'agit-il d'un snob inoffensif ou d'un dangereux manipulateur de la vie des autres, sorte de « Jack l'éventreur psychologique » ? Avant qu'une année ne se soit écoulée, les événements réels, les récits des amis de Sir Quentin et le roman que Fleur est en train d'écrire, Warrender Chase, se coupent, se recoupent et se confondent en un imbroglio de situations cocasses ou dramatiques, plongeant lecteur et narratrice dans la plus totale perplexité. Qui est fou et qui est sain d'esprit ? La réalité est-elle plus étrange que la fiction ? Comment les reconnaître l'une et l'autre ?
Roman noir à l'atmosphère sulfureuse, satire pimentée de clins d'œil, pastiches et citations frelatées, Intentions suspectes est avant tout une très britannique exploration de l'inattendu.

L'Unique problème (The Only Problem, 1984), roman, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1985, 212 pages, 11.30 €
* Réédition : [Paris], Éditions Stock, « Bibliothèque cosmopolite », 1992, 212 pages, épuisé.

Harvey Gotham, jeune et riche érudit canadien, s'installe dans un château proche d'Épinal pour écrire une monographie sur le Livre de Job. Il a quitté sa femme, la très belle Effie, deux ans plus tôt, parce qu'elle avait volé une tablette de chocolat - non, deux - dans un restoroute quelque part en Italie. Survient Ruth, sœur d'Effie - à qui elle ressemble étonnamment, comme Effie ressemble à la femme de Job dans le tableau de Georges de la Tour - avec le bébé qu'Effie a eu d'un autre homme. Peu après, un gang de terroristes dévalise plusieurs supermarchés de la région. Puis un policier est abattu. Aux dires des témoins, le chef du gang serait une femme dont la description correspond à celle d'Effie. Commence alors au château une longue et pénible enquête.
Comment un Créateur tout-puissant et bienveillant peut-il permettre les inexprimables souffrances de ce monde ? Tel est « l'unique problème » auquel s'attaquent le Livre de Job, Harvey Gotham et Muriel Spark - celle-ci avec cet extraordinaire raffinement du style et de la structure qui a fait dire à John Updike : « L'écriture de Muriel Spark est toujours un bonheur; ses phrases avancent sans faiblir sous un soleil impitoyable qui les décolore et leur confère une clarté particulière, roborative, pascalienne. »

Pan ! Pan ! tu es morte et autres nouvelles (extraits des recueils Collected Stories, 1967 ; Bang-bang You're Dead, 1982, The Stories of Muriel Spark, 1986), nouvelles, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1987, 412 pages, 23 €
* Réédition partielle sous le titre Portobello Road et autres nouvelles. [Paris], Éditions de La Table Ronde, « La Petite vermillon » n°210, 2003, 262 pages, 8.50 €
[Contient : « La rue de Portobello », « Le rideau soulevé par la brise », « La Vierge noire », « Pan ! pan ! tu es morte », « Le Séraphin et le Zambèze », « Les jumeaux », « Le théâtre qualifié de remarquable », « L'épouse du prêteur sur gages », « L'apocalypse de Mlle Pinkerton, « ''Un conte triste sied à l'hiver'' », « Le balayeur de feuilles », « Daisy Overend », « Fallait voir ce gâchis ! », « Allons, venez, Marjorie », « La pendule en or moulu », « Les lunettes noires », « Un membre de la famille », « La maison du poète célèbre », « Les filles à papa », « Les teckels d'Alice Long », « L'oiseau go-away », « La première année de ma vie », « Les juives non juives », « L'exécutrice », « La diseuse de bonne aventure », « Une autre paire de mains », « Le dragon »].

Muriel Spark doit ses premiers succès à la nouvelle, forme littéraire à laquelle elle n'a cessé de sacrifier tout au long de sa carrière. Le présent volume regroupe une trentaine d'histoires, écrites entre 1955 et 1985, dont le choix et l'agence­ment sont dus à l'auteur. La plupart sont du genre noir, et bon nombre d'entre elles se passent en Afrique du Sud, où Muriel Spark a vécu au début de son âge mûr. Mais de quoi y parle-t-on ?
« Pan ! pan ! tu es morte », qui donne son titre au recueil, est le récit d'un meurtre revécu, des années plus tard, par celle qui aurait dû en être la victime, au cours d'une soirée où l'on projette des diapositives. Dans « La rue de Portobello », une jeune morte « qui a eu trop de chance », raconte son histoire, y compris son propre assassinat (« Il eut l'air de vouloir m'assassiner, et le fit. »).. « La Vierge noire » met en scène un couple d'Anglais « aux idées larges », dont la femme accouche d'un bébé noir.. Dans « Les filles à papa », on voit un jeune érudit épris de littérature courtiser des fem­mes par amour de leur père.. « L'oiseau go­-away », autre histoire africaine, est une sorte de micro-roman : toute une vie racontée en moins de cinquante pages.. « La première année de ma vie » relate les événements de l'année de guerre 1918.. perçus de son berceau par un nouveau-né.
De l'Afrique et du Londres d'après-guerre à l'Italie contemporaine, l'éventail des décors et des personnages présentés dans ce livre est étonnant; mais plus étonnante encore nous paraît la prose de Muriel Spark : aussi riche qu'économe, aussi précise que trompeuse - toujours incomparable.

Le Pisseur de copie (A Far Cry from Kensington, 1988), roman, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1989, 232 pages, 15 €
* Rééditions : [Paris], Éditions Stock, « Bibliothèque cosmopolite », 1992, 228 pages, épuisé / sous le titre À cent lieues de Kensington : [Paris], Éditions de La Table Ronde, « La Petite vermillon » n°195, 2003, 228 pages, 8.40 €

Londres. 1950. Jeune veuve de guerre, à l'esprit vif et aux formes voluptueuses, Mrs Hawkins fait l'unanimité aussi bien dans la maison d'édition - au bord de la faillite - pour laquelle elle travaille que dans la pension de famille de Kensington, tenue par la très convenable Milly, où elle vit. Est-ce son mépris des régimes minceurs qui lui confère cette piquante sérénité ? Toujours est-il qu'elle prodigue conseils et recettes avec sagesse et autant de générosité qu'en affichent ses rondeurs. Un seul être ne trouve point grâce à ses yeux : Hector Bartlett, tâcheron de l'écriture, que Mrs Hawkins, avec sa franchise coutumière, n'hésite pas à traiter de « pisseur de copie » déclenchant ainsi une série d'événements aux conséquences stupéfiantes à avec lettres anonymes, cadavre, amaigrissement mystérieux, le tout raconté avec un entrain et un humour inégalables.

Le Banquet (Symposium, 1991), roman, traduit de l’anglais par Léo Dilé. [Paris], Éditions Fayard, 1991, 186 pages, 15 €
* Rééditions : [Paris], LGF (Librairie générale française), « Le Livre de poche. Biblio » n°3228, 1994, 160 pages, épuisé / [Paris], Éditions de La Table Ronde, « La Petite vermillon » n°156, 2002, 224 pages, 8.50 €

« Ici, en Écosse, dit Magnus Murchie dans le nouveau roman de Muriel Spark, on est plus capable de faire le bien ou le mal que nulle part ailleurs. Je n'en connais pas la raison, mais c'est ainsi. » Magnus est fou, avec des périodes de lucidité, et sa famille tient le plus grand compte de ses avis, surtout sa nièce Margaret aux longs cheveux roux, à la dentition provocante. La question du bien et du mal, aux yeux de Margaret Murchie, présente un intérêt personnel tout particulier...
Dix convives, dans une élégante demeure d'Islington, savourent de la mousse de saumon tandis qu'un domestique sert discrètement le vin. La conversation roule sur un cambriolage, une lune de miel, le mariage. Le jeune époux de Margaret Murchie lui sourit avec adoration. Leur hôte ne donne pas un an à ce ménage. Ce dix-neuvième roman de Muriel Spark comporte une introduction au rayon des fruits de chez Mark & Spencer, des scènes séditieuses dans un couvent proche de St Pancras, un meurtre. Il traite de questions philosophiques et métaphysiques, questions qui, avec son style concis, impitoyable, sont la marque de Muriel Spark : les mystères du mal et de la souffrance, du destin et de la prédestination, la culpabilité, les pouvoirs inquiétants des êtres « à part », malades mentaux, épileptiques, médiums, etc.

Curriculum vitae. Autobiographie (Curriculum Vitae, 1992), traduit de l’anglais par Alain Delahaye. [Paris], Éditions Fayard, 1994, 280 pages, 20.75 €

Les deux questions que Muriel Spark s'entend le plus souvent poser sont : « Vos romans sont-ils autobiographiques ? » et : « Pourquoi êtes-vous devenue catholique ? » Jusqu'à présent, dans toutes ses interviews elle s'en était tirée par des échappatoires, et le mystère était resté entier. Curriculum vitae apporte aujourd'hui la réponse à l'une et l'autre question. On y trouvera une description de la vie en Écosse dans les années vingt et trente - l'Écosse où les étrangers étaient tolérés.. à condition de ne pas être anglais - ; d'admirables portraits - son père, sa grand-mère juive (dont la dernière maladie inspira Memento mori), l'institutrice qui servit de modèle à mademoiselle Brodie - ; l'histoire de son malheureux mariage en Rhodésie (pays auquel on doit plusieurs nouvelles de Pan! Pan! tu es morte). On y retrouvera les originaux de certains savoureux personnages d'éditeurs, journalistes, fonctionnaires du Foreign Office qui animent Intentions suspectes, Le Pisseur de copie, Une serre sur l'East River ; des descriptions des divers logements qu'habita Muriel Spark à Londres dans les années cinquante, avec leur faune particulière (L'Ingénieur culturel, Les Célibataires), et de son travail à la Société de Poésie, bref, une matière (presque) suffisante pour résoudre quelques-unes des innombrables énigmes posées par la vie et la pensée de l'inquiétante - mais ô combien délicieuse - Mrs Spark.

Rêves et réalité (Reality and Dreams, 1996), roman, traduit de l’anglais par Eric Diacon. [Paris], Éditions Fayard, 1997, 172 pages, 15 €

Tom Richards est tombé d'une grue pendant le tournage de son dernier film, La Fille aux hamburgers. Il se retrouve à l'hôpital, avec une hanche et des côtes cassées, et un nouveau metteur en scène a pris sa place. Le scénario et même le titre de son film ont été changés. Tom est dépossédé, furieux. Tandis qu'un cortège d'infirmières et de parents défile dans sa chambre d'hôpital, sa vie réelle et sa vie fantasmatique - telle qu'elle s'exprime dans les films qu'il dirige - se mêlent inextricablement. Il est obsédé par l'image d'une fille, une fille qu'il a vue un jour dans un camping en France, en train de confectionner des hamburgers. « Elle n'avait rien d'exceptionnel, c'était juste une fille. Mais je l'ai vue dans un cadre. Quand je vois les gens dans des cadres, je sais que j'ai envie de faire un film sur cette image... » Tom, sa femme Claire, leur fille Marigold - pour qui Tom éprouve des sentiments ambigus -, la belle Cora, fille de Tom par un premier mariage et « prunelle des yeux de son père », entraînent le lecteur dans le carrousel de leurs amours, de leurs haines, de leurs désirs et de leurs ambitions. La fin sera brutale et inattendue.

Ouvert au public (extrait du recueil Open to the public, 1997), nouvelles, traduit de l’anglais par Eric Diacon. [Paris], Éditions Fayard, 1999, 176 pages, 15 €
[Contient : « Les filles à papa » (traduit par Léo Dilé), « Ouvert au public », « La fille que j'ai laissée derrière moi », « En montant et en descendant », « L'ombre nacrée », « Carillons », « L'allergie aux postes de police », « Harper et Wilton », « Les snobs », « Dames et Messieurs », « Le jeune homme qui avait découvert le secret de la vie », « Le juge impitoyable »].

Ouvert au public regroupe douze nouvelles, écrites entre 1953 et 1997. Mettant en scène tour à tour un juge impitoyable, des psychiatres confrontés à des patients très étranges et évanescents, des fantômes songeurs ou jaloux, des suffragettes édouardiennes (tout droit sorties d'un manuscrit oublié au fond d'un tiroir, elles se plaignent à l'auteur du peu de consistance qu'il leur a donnée), Muriel Spark fait montre ici, dans un style à la fois espiègle et rigoureux, d'une perspicacité désopilante.

Complices et comparses (Aiding and Abetting, 2000), roman, traduit de l’anglais par Claude Demanuelli. [Paris], Éditions Gallimard, « Du monde entier », 2002, 200 pages, 14.90 €

Vingt-cinq ans après la disparition de Lord Lucan, soupçonné de l'assassinat de la nurse de ses enfants et de violences sur la personne de sa femme, le docteur Hildegard Wolf, psychiatre renommée, retrouve dans son cabinet non pas un mais deux individus qui prétendent chacun être le lord disparu. Quel est donc le vrai Lord Lucan ? Se laissera-t-il trahir par sa passion du jeu ou son goût immodéré pour le saumon fumé et les côtelettes d'agneau ?
Enquête policière loufoque qui, à partir d'un fait divers bien réel, nous entraîne de Paris à Londres, d'un monastère écossais à un minuscule État tribal de l'Afrique centrale, Complices et comparses subvertit toutes les règles du genre. De la psychiatre - moins victime qu'elle ne le laisse entendre - ou du soi-disant meurtrier, peut-être un imposteur lui aussi, lequel nous aidera à percer le mystère entourant le personnage de Lord Lucan ?

À bonne école (The Finishing School, 2004), roman, traduit de l’anglais par Claude Demanuelli. [Paris], Éditions Gallimard, « Du monde entier », 2005, 168 pages, 13.90 €

L'action se déroule dans lui collige très chic, en Suisse, près de Lausanne. Nés de parents fortunés, les élèves passent agréablement le temps en apprenant les arts de la mondanité et de l'écriture. Parmi eux, Chris, un rouquin de dix-sept ans, écrit un roman à I'inspiration libre sur le trio constitué par Marie, reine d'Écosse, Darnley, son mari assassiné, et son secrétaire David Rizzio qui reçut cinquante-six coups de poignards. Son assurance et son brio rendent fou de jalousie Rowland Mahler, directeur de l'école, lui-même romancier en herbe. Ce dernier pâlit, ne mange plus, sombre dans l'obsession et médite un meurtre : l'histoire passée de haine et de rivalité va-t-elle se répéter ? Et Chris va-t-il lui aussi finir trucidé ?
Muriel Spark enchaîne les morceaux de bravoure, manie la satire sans s'appesantir, touche aux sentirnents les plus bas sans trop insister, bref s'amuse franchement des écrivains et de leur calvaire. Sous la surface brillante des choses, on devine les profondeurs plus sombres que le loch Ness.

Et nous étions fort occupés (extrait de All the Poems, 2004). Édition bilingue, poèmes, traduit de l’anglais par Dominique Dussidour. [Paris], Éditions de La Table Ronde, 2006, 84 pages, 13 €

ÉTUDE
* Danielle Escudié, Messages chiffrés. Les contes de Muriel Spark. [Gap], Éditions Ophrys, 1981, 228 pages, 12.20 €


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  • Homère, notre contemporain

    On n’en finit jamais avec Homère. Composées au VIIIè siècle avant notre ère, l’Iliade et l’Odyssée continuent de susciter de nouvelles traductions et des interprétations toujours renouvelées n’épuisant pas le sens et la richesse du texte homérique. De nombreux ouvrages témoignent de cette actualité d’Homère dont on ne cesse de découvrir de nouveaux visages qui entrent en résonance avec notre actualité.

    24 octobre 2019

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