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Populisme, populiste, populaire, le mot se décline à l’envie. Relayé par une partie des médias et par un certain nombre d’hommes et de femmes politiques, nous lui consacrons une vitrine à la librairie et sur notre site. Jamais l’on aura parlé autant du “peuple”, celui dont on veut se prévaloir, celui dont on ne cesse de clamer que l’on ne gouverne qu’en son nom, notion souvent sortie de son contexte historique, et parfois dénuée de sens tant elle devient malléable.
Dans son ouvrage “Le Sens du Peuple” (Editions Gallimard), Laurent Bouvet écrit très justement : “Faut-il être populiste pour devenir populaire”. Cette simple question est évidemment d’actualité, mais sa réponse bien plus difficile, compte tenu des définitions multiples que chacun veut mettre dans le mot “populisme” : du mal nécessaire d’un processus démocratique au “cri primal” du peuple ou des masses.
C’est par le biais de l’histoire politique que l’auteur revient sur cette notion du peuple “à la fois comme concept et sous la forme de ses diverses représentations politiques”. En axant son travail sur l’étude des parcours et politiques de gauche, il analyse en détail le rapport fusionnel et parfois houleux des gauches françaises avec le peuple, des politiques sociales les plus abouties jusqu’à l’abandon pur et simple des “classes ouvrières” et populaires au profit d’un individualisme de circonstance.
L’ouvrage nous montre également comment au-delà des ces multiples interprétations, le populisme peut aujourd’hui servir de marqueur démocratique, symptôme des relations plus ou moins tendues entre le peuple et ses représentants.
C’est à ce même marqueur auquel s’intéresse la revue “Critique” dans un numéro spécial consacré aux “Populismes” (Editions de Minuit). Un pluriel pour une pluralité d’approches, historique, culturelle, linguistique et même littéraire puisque le populisme désigne tout d’abord, à la fin des années 20, un courant littéraire où dans une opposition au “roman bourgeois”, l’écrivain s’attache à la vie des petites gens dans une optique totalement apolitique.
Si la version littéraire laisse peu de trace, le populisme trouve un usage politique bien plus fécond. Il se multiplie, offre des visages à chaque fois différents, populiste ou populaire, de l’Amérique du Sud à la Russie, du continent européen aux Etats-Unis. Les différents articles qui constituent ce dossier offrent une vision des plus exhaustive de ce dont le populisme se réclame. Au coeur de lignées politiques telles que le McCarthysme ou les Tea Party aux Etats-Unis, mais aussi des mouvements populistes républicains, les auteurs reviennent sur le processus politique et les discours qui l’accompagnent.
Plus étonnant, nous découvrons à quel point le populisme s’immisce également entre culture et savoir, dans l’art, la sémantique ou l’anthropologie. A ce stade, la question du “Peuple” reste entière, et le populisme une notion qui évolue en permanence. Il serait difficile de cataloguer ceux qui s’en réclament, tant il est évident qu’ils se renouvellent avec lui.
17 février 2012 Partager
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17 février 2012