Les écrivains des pays baltes (Estonie - Lettonie - Lituanie)
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KROSS, Jaan

[ESTONIE] (Tallinn, 1920 – ). Emprisonné pendant l’occupation allemande (1944), il est envoyé au goulag par le pouvoir soviétique (1946-1954). Après des débuts comme poète (L’Enrichisseur de charbon, 1958), il écrit des livrets, des scénarios, des essais et des articles polémiques et traduit de nombreux classiques européens (Shakespeare, Balzac, Heine, etc.). À partir des années 70, il se lance dans la fiction et publie une vingtaine de romans et récits historiques, qui couvrent pratiquement toute l’histoire de l’Estonie, depuis le XVe siècle jusqu’à nos jours. Chacun de ses romans a pour axe un héros estonien ou originaire d’Estonie, appartenant à tel ou tel domaine des arts, des sciences ou de la vie sociale : l’écrivain Friedrich Reinhold Kreutzwald, dans Kahe kaoksiläinud paberi lugu [Histoire de deux papiers perdus] (1966) ; le chroniqueur Balthazar Russow, dans Kolme katku vahel [La Triple peste] (1969-80, 4 vol.) ; le peintre et sculpteur Michel Sittow, dans Neli monoloogi Püha Jüri asjus [Quatre monologres à propos de saint Georges] (1970-72) ; le général Michelson, dans Michelsoni immatrikuleerimie [L’Annoblissement de Michelson] (1971) ; le journaliste Johann Voldemar Jannsen, dans Pöördtoolitund [L’Heure du carrousel] (1972) ; le peintre Johann Köler, dans Kolmandad Mäed [Les Troisièmes Montagnes] (1975) ; le poète Kristjan Jaak Petersen et le philologue Otto Masing, dans Taevakivi [L’Aérolithe] (1975) ; le colonel Timotheus von Bock, dans Le Fou du Tzar (1978) ; le juriste Frédéric Frommhold de Martens, dans Le Départ du professeur Martens (1984) ; l’astronome Bernhard Schmidt, dans L'Œil du grand Tout (1987) ; Jüri Vilms, dans Dans l'insaisissable (1993), etc.
« Les héros de Kross – peintres, juristes, hommes politiques, militaires, poètes ou hommes de lettres, astronomes – sont, par leur savoir et leur action, des personnalités estoniennes dont le rayonnement s’étend à l’Empire russe (Michelson, von Bock), à l’Europe (Sittow, Schmidt), voire au monde entier (Martens). Conscients ou instinctifs, les liens entre leur cosmopolitisme et leur identité nationale forment l’un des thèmes clés de l’œuvre de Jaan Kross, dont les romans sont en même temps informatifs, réflexifs et captivants. Informatifs, car la présentation de ses héros permet à Kross de toucher à des domaines historiques et culturels très divers et d’offrir au lecteur tout un foisonnement d’informations et d’explications. Réflexifs, car ce qui intéresses Kross, c’est la multitude des réponses possibles à ce dilemme : comment l’individu responsable doit-il se situer dans l’histoire, par exemple face au pouvoir politique, à l’oppresseur, à l’occupant. Kross a souvent été appelé l’“ écrivain du compromis ” : il étudie en effet soigneusement les choix de ses personnages, choix éthiques, choix de survie, plus ou moins lucides, conscients – se soumettre, agir avec discrétion, dénoncer l’arbitraire, émigrer. Ses personnages balancent entre deux principes : face à l’injustice du monde, être soit fou, soit raisonnable. Ses œuvres, enfin sont captivantes, car il utilise avec une adresse remarquable les techniques du roman. (…) L’écriture, très “ visuelle ”, quasi cinématographique, faisant souvent appel à un narrateur, permet un jeu subtil entre la distanciation et l’analyse de soi. Kross joue sur le mélange de la fiction et de la réalité historique. » (Eva Toulouze, Dictionnaire des auteurs, Laffont, « Bouquins »)
Depuis l’indépendance, Jaan Kross s’est penché, dans des romans et nouvelles d’inspiration autobiographique, sur les années trente et quarante (Les Gars de chez Wikman, 1988 ; La Vue retrouvée ; Le Vol immobile, 1998), puis a dépeint l’Estonie post-soviétique (La Terre-du-vouloir, 2001) et commencé la publication de ses Mémoires (Mes chers compagnons de route, 2003). Marié à Ellen Niit, poète et auteur de contes pour enfants, régulièrement proposé pour le prix Nobel de littérature, il est l’écrivain estonien le plus connu hors des frontières de son pays.
 
ANTHOLOGIES / REVUES : Poèmes dans Europe n°756, avril 1992 (et entretien) / n°763-764, 1992 – Entretien avec Cécile Wajebrot dans Autrement n°50, 1991 – « Motacilla » (Motacilla, 1998), nouvelle traduite de l'estonien par Jean-Luc Moreau, dans Les Hirondelles. Presses universitaires de Caen, 2002.
 
Le Fou du Tzar (Keisri hull, 1978), roman, traduit de l'estonien et présenté par Jean-Luc Moreau. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Pavillons. Domaine de l’Est », 1989, 402 pages, 22.71 € – réédition : [Paris], Éditions Le Seuil, « Points Roman » n°517, 1992, 402 pages, 7.95 €
 
[Quatrième de couverture] :
« Au bout de neuf années passées au secret dans la forteresse de de Schlüsselburg, le colonel Timotheus von Bock, déclaré fou, est assigné à résidence dans son domaine de Livonie.
Quel crime avait-il donc commis, ce jeune et brillant aristocrate, ce “ baron balte ” auquel l'empereur Alexandre Ier, au début de son règne, avait pourtant accordé toute sa confiance ? En passant outre aux préjugés de sa caste, en présentant crûment au souverain une vérité que celui-ci a exigée de lui, en lui soumettant un projet de constitution conforme, semblait-il, à leurs idéaux communs, a-t-il accumulé les actes de folie dont on l'accuse, ou fait preuve au contraire d'une exceptionnelle loyauté ?
De retour dans sa demeure, et durant toutes les années qui vont suivre, une surveillance policière de tous les instants va peser sur lui, d'autant moins supportable qu'elle sera exercée par son entourage, voire par sa propre famille.
S'inspirant de faits réels, Jaan Kross fait revivre pour nous, dans le cadre des provinces baItiques de l'ancien empire russe, une société fragile et attachantes, minée par la perversité d’un système faussant les rapports humains.
Mais, par son destin exemplaire, le “ fou du tzar ”, “ clou planté dans la chair de l’empire ”, est aussi – est déjà – un homme de notre temps. »

 
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Le Départ du professeur Martens (Professor Martensi ärasöit, 1984), roman, traduit de l’estonien et présenté par Jean-Luc Moreau. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Pavillons. Domaine de l’Est », 1990, 334 pages, 20.58 €
 
[Quatrième de couverture] :
« Au matin d’un voyage qui sera pour lui le dernier, Frédéric Frommhold de Martens (1845-1909), juriste d’origine estonienne et de renommée mondiale, expert en droit international, conseiller et serviteur fidèle de trois tsars, dresse le bilan de sa vie. Il la met en parallèle avec celle de son homologue, homonyme et devancier Georg Friedrich von Martens, qui, dans l’éphémère royaume westphalien de Jérôme Bonaparte, ne refusa pas de collaborer avec l’occupant.
Amère méditation ! La carrière du professeur Martens est en apparence une réussite : appréciés par tous les grands de ce monde, ses arbitrages font autorité, il a tiré la Russie de plus d’un mauvais pas, et la postérité, penchée sur ses livres devenus des usuels, gardera le souvenir de son nom. Pourtant, sur la scène de I’Histoire, a-t-il jamais joué autre chose les utilités ? La raison d'État, à laquelle il a parfois sacrifié, n'a-t-elle pas couvert chez lui des ambitions plus mesquines ? L'“ emprunt russe ”, qu'il a obtenu de Poincaré pour écarter le spectre de la famine, n'aurait-il pas servi aussi à payer les chaînes des forçats ? N'a-t-il pas, dans sa vie intime, payé bien cher de vains lauriers ? Enfin et surtout : peut-on, en œuvrant au sein d'un système despotique, contribuer utilement à l'avènement du droit ?
Ceux qui naguère – en Estonie, en Union soviétique... – préparaient patiemment les bouleversements d'aujourd’hui ont bien dû, à leur manière, se poser plus d'une fois semblables questions. »

 
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L'Œil du grand Tout. Le roman de Bernhard Schmidt (Vastutuulelaev, 1987), roman, traduit de l'estonien par Jean-Luc Moreau. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Pavillons. Domaine de l’Est », 1997, 332 pages, 21.19 €
 
[Quatrième de couverture] :
« Jeune Estonien solitaire, timide et immensément sensible, il polissait infatigablement, de sa main unique et magique, les lentilles et miroirs grâce auxquels il se rapprocherait des étoiles. Cet homme, c’est Bernhard Schmidt. Autodidacte de génie, né sur une île perdue de la Baltique, mort dans un hôpital allemand – peu-être victime de la politique hitlérienne d’euthanasie –, il inventa seul, loin des siens et des splendeurs de son pays, le télescope de haute précision qui nous a permis d’apprivoiser le ciel. De l’Estonie de l’époque tsariste à l’Observatoire d’astronomie du mont Palomar, en Californie, Jaan Kross recrée, d’une plume audacieuse de romancier, l’aventure de ce rêveur génial méconnu de son vivant, dont le destin est lié aux malheurs de l’Europe et à la conquête de l’espace. »
 
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La Vue retrouvée (Silmade avamise päev, 1988), récits, traduit de l’estonien et présentation par Jean-Luc Moreau. [Paris], Éditions Robert Laffont, « Pavillons. Domaine de l’Est », 1993, 296 pages, 19.67 €

Dans l’insaisissable. Le roman de Jüri Vilms (Tabatamus, 1993), traduit de l’estonien par Jacques Tricot. [Paris], Éditions L’Harmattan, « Lettres nordiques », 2001, 446 pages, 33.54 €
 
[Quatrième de couverture] :
« Été 1941. Depuis le 22 Juin, l'armée allemande est passée à l'offensive en Union Soviétique et a occupé l’Estonie annexée par Staline l'année précédente. Une occupation chassant l'autre, la répression s'exerce contre ceux qui peuvent être soupçonnés d’avoir eu quelque indulgence envers le pouvoir soviétique.
Le narrateur, ancien journaliste, se voit donc contraint à la clandestinité, et, ayant conscience de sa situation désespérée, va en venir à comparer sa destinée à celle de l'homme auquel il a jusqu'alors consacré sa recherche : Jüri Vilms (1889-1918), héros national de l’Estonie et véritable de créateur de cette petite république baltique à laquelle il a voué sa vie et à laquelle il se sacrifiera.
La destinée du narrateur, qui s’est littéralement assimilé la destinée de Jüri Vilms terminera, elle aussi, tragiquement, illustrant bien la difficulté de survivre pour une petite nation convoitée par de puissants voisins et qui n’a pour se défendre que l’arme de sa langue.
C'est le caractère presque suicidaire de ces deux destinées, ainsi que la similitude des situations résultant des deux guerres mondiales qui va les rapprocher au point qu'elles puissent presque être confondues tout en laissant percevoir une possibilité d'espérance. »

 
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Le Vol immobile (1998), roman, traduit de l’estonien par Antoine Chalvin. [Montricher, Suisse], Éditions Noir sur Blanc, à paraître en 2005.

 

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