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THOMAS MOFOLO
Chaka,
une épopée bantoue (Chaka, 1925), traduit du seSotho par V. Ellenberger,
Gallimard, 1940, préface de Zakea Mangoaèla — nouvelle édition : Gallimard,
« L’Imaginaire » n°84, préface de J.-M.-G. Le Clezio, 1981, 280 p., 46 F.

« Il
y a, dans l'étrange aventure de Chaka, quelque chose de perdurable, une
force d'éternité, comme dans tous les grands poèmes épiques. Mais il y a
aussi le poids du réel, la vie, la beauté de la vie. Thomas Mofolo est un
grand écrivain, qui sait raconter le pays qu'il connaît et qu'il aime. Ici
encore on voudrait parler de l'Odyssée, avec sa richesse verbale, son sens
des gestes et des choses, son goût du détail minutieux. Chaka est l'homme
de cette terre africaine où les croyances surnaturelles et les gestes
quotidiens sont indissociables. L'on entend ici la voix des pasteurs
bassoutos, leurs paroles à la fois cérémonieuses et pleines d'humour ; l’on
entend la voix des conteurs, des guerriers, des féticheurs, comme
autrefois, dans les chansons de geste, la voix des soldats et des
ménestrels. Ce livre tragique et violent est aussi un livre d'images, un
conte fabuleux, et un document sur la vie du peuple zoulou à la veille de
l'arrivée des Oum'loungou, les Hommes Blancs.
C'est bien là la force des grands poèmes épiques. Ils sont à la fois les
livres d'un peuple, pleins de la vérité terrestre, et les massages secrets
de l'au-delà. Chaka, symbole de la grandeur et de la chute de l'empire
zoulou, par son aventure exemplaire nous révèle un autre monde où les
vérités essentielles sont encore vivantes. Alors, écoutant cette parole
pleine de force, nous reconnaissons notre propre aventure, qui va du réel
au magique. »
(Extrait de la préface de J. M. G. Le Clézio. © Gallimard.)
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