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BESSIE HEAD
(Pietermaritzburg,
Natal, 1937 — 1986). Née de l'union « illicite » d'une jeune blanche avec
son garçon d'écurie noir, elle a connu l'exclusion et l'exil. Enlevée à sa
mère qui fut enfermée dans un asile psychiatrique à l'instigation de sa
famille, elle est élevée dans un orphelinat. Elle fait du journalisme à
Johannesburg et au Cap, puis est contrainte à l'exil dans un village du
Botswana. Elle meurt subitement à l'âge de quarante-neuf ans, laissant des
récits en grande partie autobiographiques, « régis par ses propres
préoccupations sociales (insertion dans un milieu rural) et par ses
obsessions psychologiques (recherche d’un équilibre mental précaire).
Marquée par son métissage et son exil, Bessie Head tente de trouver, à
travers son attachement à la terre, le moyen de recouvrer la dignité et
l’amour dont on l’a privée. » (Denise Coussy)
« La
communauté internationale est tellement obsédée par l'Afrique du Sud
que j'ai dû souvent affronter des publics hostiles qui m'interpellaient
avec impatience : “ Pourquoi vous a-t-on invitée ? Vous n'êtes pas un
écrivain politiquement engagé. Pourquoi n'allez-vous pas libérer le peuple
d'Afrique du Sud ? ” L'angoisse que cela fait naître ! En tant qu'artiste
créateur, je n’avais rien à attendre de ce pays où régnaient la cupidité et
les préjugés raciaux. J'étais incapable d'écrire sur ce pays et ses
habitants, incapable d'y puiser quelque magie ou quelque charme que ce
soit. À vingt-sept ans, j'ai été heureuse de partir. J'ai écrit tous mes
livres à Serowe, au Botswana, où je vis depuis vingt ans, et ceux qui
connaissent ces ouvrages savent quelle place y tiennent la magie et le
merveilleux. Je sais que l'histoire de l'Afrique du Sud ne se résume pas à
l'éternel problème de la fin de la domination de la minorité blanche. Ce
thème toujours présent semble à chaque génération faire naître des leaders
politiques d'envergure qui marquent de leur empreinte la société et le
monde. Aucun autre pays au monde n'a produit autant de penseurs ni de
leaders de grande envergure. [...] Je reconnais que ma culture littéraire et
les influences que j'ai subies sont internationales, mais je trouverais
inquiétant que l'on puisse établir les normes de la personnalité africaine
que seuls certains types d'écrivains seraient habilités à représenter
convenablement. Tous mes personnages sont noirs mais je leur permets d'être
imprévisibles et de posséder un charme original. Cela m'effraierait d'être
confrontée à un sombre donjon qui serait l'Africain reconnaissable, “
convenable ”, le personnage standard des romans africains. On assiste, en
Afrique indépendante, à une poussée de nationalisme fermé sur lui-même, à
un mouvement de rejet de l'expérience coloniale. Mais c'est impossible.
L'expérience coloniale a modifié et développé la personnalité africaine. Je
ne suis ni mauvaise, ni occidentalisée. Je suis simplement quelqu'un
d'ouvert et mes personnages effraient ou enchantent mes lecteurs. Tous ceux
qui me connaissent savent que dans la réalité quotidienne de mes heures de
veille, je suis quelqu'un d'absolument solitaire. Les amis passent dans ma
vie, parlent, sourient, me serrent la main, mais aucun d'eux n'est proche
de moi. Mon univers onirique nocturne est tout différent, il est peuplé de
milliers et de milliers de gens. Ce n'est pas un monde fantaisiste ou
affété, mais un monde pratique, actif où des gens font des plans pour
l'avenir et me font connaître leurs désirs. C'est dans cet univers que mes
livres plongent leurs racines et tous les commentaires, les informations
que j'y ai soigneusement consignés viennent de là. Avec ces gens j'ai bâti
une sorte de religion populaire qui est enracinée dans la terre africaine.
Mon univers s'oppose à celui des politiciens. Ils tirent des plans à la
place du peuple auquel ils donnent des ordres. Dans mon univers les gens
assument eux-mêmes leur avenir et me présentent leurs exigences. C'est un
monde plein d'amour, de tendresse, de bonheur et de rire. J'entrevois le
jour où je déroberai le titre de Dieu, l’Être invisible du ciel, pour
l'offrir à l'humanité. À dater de ce jour-là, les gens qui se croiseront
dans la rue se salueront en se disant : “ Bonjour, Dieu. ” Il n'y aura plus
de guerre. La souffrance humaine aura disparu.
Je bâtis un escalier vers les étoiles. J'ai qualité pour y emmener avec
moi l'humanité entière. C'est pour cela que j’écris. »
(Pourquoi écrivez-vous ? © Libération, Hors série, mars 1985).
Œuvres non traduites : chronique (Serowe. Village of the
Rain Wind, 1981), roman historique (A Bewitched Crossroad, 1984),
nouvelles, correspondance, écrits divers, publications posthumes (A Woman
Alone, éd. C. MacKenzie, 1990 ; A Gesture of Belonging, éd. R. Vigne,
1991 ; The Cardinal, 1993).
* ANTHOLOGIE : « Life », nouvelle traduite de l'anglais par
Catherine Belvaude dans Littératures d’Afrique australe, 1985 ; « Le
prisonnier qui portait des lunettes », nouvelle traduite de l'anglais
par Jean-Pierre Richard dans Europe N°708, 1988 ; « Les amants »,
nouvelle traduite de l'anglais par Jean-Pierre Richard dans Le Serpent à
plumes n°13, 1991.

La
Saison des pluies (When the Rain Glouds Gather, 1969), roman traduit de
l'anglais par Christian Surber, Zoé, « Littérature d’émergence », 1998,
262 p., 125 F.
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La
Femme qui collectionnait les trésors et autres récits du Botswana (The
Collector of Treasures and Other Botswana Village Tales, 1977), nouvelles
traduites de l’anglais par Daisy Perrin, Zoé, « Littératures d’émergence »,
1994, 200 p., 95 F.
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Marou
(Maru,1971), roman traduit de l'anglais par Christian Surber, Zoé,
« Littérature d’émergence », 1996, 144 p., 110 F.
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Question
de pouvoirs (A Question of Power, 1973), roman traduit de l'anglais par
Daisy Perrin, Zoé, « Littérature d’émergence », 1995, 224 p., 125 F.
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Contes
de la tendresse et du pouvoir (Tales of Tenderness and Power, posth.,
1989), nouvelles traduites de l’anglais par Christian Surber, postface de
Gillian Stead, Zoé, « Littérature d’émergence », 2000, 192 p.
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